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Contes
féeriques de la comtesse de Ségur
Le bon petit Henri
Chapitre II - Le corbeau, le coq et la grenouille
Le petit Henri
marcha résolument à la montagne, qui se trouva être
plus éloignée qu’elle ne paraissait ; au lieu
d’y arriver en une demi-heure, comme il le croyait, il marcha
toute la journée avant de se trouver au pied. Au tiers du chemin
à peu près il vit un Corbeau qui s’était
pris la patte dans un piège que lui avait tendu un méchant
garçon. Le pauvre Corbeau cherchait inutilement à se
dégager de ce piège qui le faisait cruellement souffrir.
Henri courut à lui, coupa la ficelle qui tenait la patte du
Corbeau, et le délivra. Le Corbeau s’envola à
tire-d’aile après avoir crié à Henri :
« Grand
merci, mon brave Henri, je te le revaudrai ! »
Henri fut très
surpris d’entendre parler un Corbeau, mais il n’en continua
pas moins sa route. Quelque temps après, pendant qu’il
se reposait dans un buisson épais et qu’il mangeait un
morceau de son pain, il vit un Coq poursuivi par un Renard et qui
allait être pris, malgré ses efforts inouïs pour
s’échapper. Le Coq passa tout près de Henri, qui,
le saisissant adroitement, l’attira à lui et le cacha
sous sa veste sans que le Renard eût pu le voir. Le Renard continua
à courir, pensant que le Coq avait volé plus loin ;
Henri ne bougea pas jusqu’à ce que le Renard fût
hors de vue ; alors il laissa aller le Coq qui lui dit à mi-voix
:
« Grand
merci, mon brave Henri, je te le revaudrai ! »
Henri était
reposé ; il se leva et continua à marcher. Quand il
eut fait encore un bon bout de chemin, il vit une pauvre Grenouille
qui allait être dévorée par un Serpent. La Grenouille
tremblait et ne bougeait pas, paralysée par la peur ; le Serpent
avançait rapidement vers elle, la gueule béante. Henri
saisit une grosse pierre et la lança si habilement dans la
gueule du Serpent, au moment où celui-ci allait dévorer
la Grenouille, que la pierre entra dans la gorge du Serpent et l’étouffa
; la Grenouille s’éloigna en sautant, et cria à
Henri :
« Grand
merci, mon brave Henri, je te le revaudrai ! »
Henri, qui avait
déjà entendu parler le Corbeau et le Coq, ne s’étonna
plus d’entendre parler la Grenouille et continua sa route. Peu
après il arriva au pied de la montagne mais il vit qu’il
y avait une rivière large et profonde qui coulait au pied,
si large qu’on voyait à peine l’autre bord. Henri
s’arrêta bien embarrassé. « Peut-être,
se dit-il, trouverai-je un pont, ou un gué, ou un bateau. »
Il se mit à longer la rivière, qui tournait tout autour
de la montagne ; mais partout elle était large et profonde,
et nulle part il n’y avait ni pont ni bateau. Le pauvre Henri
s’assit en pleurant au bord de la rivière.
«
Fée Bienfaisante, fée Bienfaisante, venez à mon
secours ! s’écria-t-il. À quoi me sert de savoir
qu’au haut de la montagne est une plante qui sauvera ma pauvre
maman, si je ne puis y arriver ? »
Au
même moment, le Coq qu’il avait protégé contre
le Renard apparut au bord et lui dit :
« La fée
Bienfaisante ne peut rien pour toi ; cette montagne est hors de sa
puissance ; mais tu m’as sauvé la vie, je veux te témoigner
ma reconnaissance. Monte sur mon dos, Henri, et, foi de Coq, je te
mènerai à l’autre bord. »
Henri n’hésita
pas ; il se lança sur le dos du Coq, s’attendant à
tomber dans l’eau ; mais il ne fut même pas mouillé,
car le Coq le reçut si habilement sur son dos, qu’il
s’y trouva assis aussi solidement que sur un cheval. Il se cramponna
fortement à la crête du Coq, qui commença la traversée
; la rivière était si large qu’il vola pendant
vingt et un jours avant d’arriver à l’autre bord,
et pendant ces vingt et un jours Henri n’eut ni faim, ni soif,
ni sommeil. Quand ils furent arrivés, Henri remercia poliment
le Coq, qui hérissa gracieusement ses plumes et disparut. Un
instant après, Henri se retourna, la rivière avait aussi
disparu.
«
C’est sans doute le génie de la montagne qui voulait
m’empêcher d’arriver, dit Henri ; mais avec le secours
de la fée Bienfaisante, me voici bien près d’atteindre
le but. »
 

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