Le
prince lutin - partie V
Léandre,
l’entendant parler, écrivit ces mots sur ses tablettes
et les jeta aux pieds de la princesse :
Non
je ne suis démon ni fée,
Je suis un amant malheureux
Qui n’ose paraître à vos yeux :
Plaignez du moins ma destinée
Les
tablettes étaient si brillantes d’or et de pierreries qu’aussitôt
elle les aperçut ; elle les ouvrit et lut ce que Lutin avait
écrit, avec le dernier étonnement.
« Cet invisible
est donc un monstre, disait-elle, puisqu’il n’ose se montrer.
Mais, s’il était vrai qu’il eût quelque attachement
pour moi, il n’aurait guère de délicatesse de
me présenter un portrait si touchant ; il faut qu’il
ne m’aime point, d’exposer mon cœur à cette
épreuve, ou qu’il ait bonne opinion de lui-même,
de se croire encore plus aimable.
–
J’ai entendu dire, madame, répliqua Abricotine, que les
lutins sont composés d’air et de feu ; qu’ils n’ont
point de corps, et que c’est seulement leur esprit et leur volonté
qui agit.
–
J’en suis très aise, répliqua la princesse ; un
tel amant ne peut guère troubler le repos de ma vie. »
Léandre
était ravi de l’entendre et de la voir si occupée
de son portrait : il se souvint qu’il y avait dans une grotte
où elle allait souvent un piédestal sur lequel on devait
poser une Diane qui n’était pas encore finie ; il s’y
plaça avec un habit extraordinaire, couronné de lauriers,
et tenant une lyre à la main, dont il jouait mieux qu’Apollon.
Il attendait impatiemment que sa princesse s’y rendît,
comme elle faisait tous les jours. C’était le lieu où
elle venait rêver à l’inconnu. Ce que lui en avait
dit Abricotine, joint au plaisir qu’elle avait à regarder
le portrait de Léandre, ne lui laissait plus guère de
repos. Elle aimait la solitude, et son humeur enjouée avait
si fort changé que ses nymphes ne la reconnaissaient plus.
Lorsqu’elle
entra dans la grotte, elle fit signe qu’on ne la suivît
pas ; ses nymphes s’éloignèrent chacune dans des
allées séparées. Elle se jeta sur un lit de gazon
; elle soupira, elle répandit quelques larmes ; elle parla
même, mais c’était si bas que Lutin ne put l’entendre
: il avait mis le petit chapeau rouge pour qu’elle ne le vît
pas d’abord ; ensuite il l’ôta, elle l’aperçut
avec une surprise extrême ; elle s’imagina que c’était
une statue, car il affectait de ne point sortir de l’attitude
qu’il avait choisie ; elle le regardait avec une joie mêlée
de crainte. Cette vision si peu attendue l’étonnait ;
mais au fond le plaisir chassait la peur, et elle s’accoutumait
à voir une figure si approchante du naturel, lorsque le prince,
ac cordant sa lyre à sa voix, chanta ces paroles :
Que
ce séjour est dangereux !
Le plus indifférent y deviendrait sensible.
En vain j’ai prétendu n’être plus amoureux,
J’en perds ici l’espoir : la chose est impossible !
Pourquoi dit-on que ce palais
Est le lieu des plaisirs tranquilles ?
J’y perds ma liberté sitôt que j’y parais,
Et, pour m’en garantir, mes soins sont inutiles,
Je cède à mon ardent amour,
Et voudrais être ici jusqu’à mon dernier jour.
Quelque charmante que fût la voix de Léandre, la princesse
ne put résister à la frayeur qui la saisit ; elle pâlit
tout d’un coup et tomba évanouie. Lutin, alarmé,
sauta du piédestal à terre, et remit son petit chapeau
rouge pour n’être vu de personne. Il prit la princesse entre
ses bras, il la secourut avec un zèle et une ardeur sans pareils.
Elle ouvrit ses beaux yeux, elle regarda de tous côtés
comme pour le chercher, elle n’aperçut personne ; mais
elle sentit quelqu’un auprès d’elle qui lui prenait
les mains, qui les baisait, qui les mouillait de larmes. Elle fut longtemps
sans oser parler, son esprit agité flottait entre la crainte
et l’espérance ; elle craignait Lutin, mais elle l’aimait
quand il prenait la figure de l’inconnu. Enfin elle s’écria
:
« Lutin, galant Lutin, que n’êtes-vous celui que je
souhaite ! »
À
ces mots, Lutin allait se déclarer, mais il n’osa encore
le faire.
«
Si j’effraye l’objet que j’adore, disait-il, si elle
me craint, elle ne voudra point m’aimer. »
Ces
considérations le firent taire, et l’obligèrent
de se retirer dans un coin de la grotte. La princesse, croyant être
seule, appela Abricotine et lui conta les merveilles de la statue animée
; que sa voix était céleste, et que, dans son évanouissement,
Lutin l’avait fort bien secourue.
«
Quel dommage, disait-elle, que ce Lutin soit difforme et affreux ! car
se peut-il des manières plus gracieuses et plus aimables que
les siennes ?
– Et qui
vous a dit, madame, répliqua Abricotine, qu’il soit tel
que vous vous le figurez ? Psyché ne croyait-elle pas que l’amour
était un serpent ? Votre aventure a quelque chose de semblable
à la sienne, vous n’êtes pas moins belle.Si
c’était Cupidon qui vous aimât, ne l’aimeriez-vous
point ?
–
Si Cupidon et l’inconnu sont la même chose, dit la princesse
en rougissant, hélas ! je veux bien aimer Cupidon ! Mais que
je suis éloignée d’un pareil bonheur ! je m’attache
à une chimère, et ce portrait fatal de l’inconnu,
joint à ce que tu m’en as dit, me jettent dans des dispositions
si opposées aux préceptes que j’ai reçus
de ma mère que je ne peux trop craindre d’en être
punie.
– Hé
! madame, dit Abricotine en l’interrompant, n’avez-vous
pas déjà assez de peines ? pourquoi prévoir des
malheurs qui n’arriveront jamais ? »
Il
est aisé de s’imaginer tout le plaisir que cette conversation
fit à Léandre. Cependant le petit Furibon, toujours amoureux
de la princesse sans l’avoir vue, attendait impatiemment le retour
de ses quatre hommes qu’il avait envoyés à l’île
des Plaisirs tranquilles ; il en revint un, qui lui rendit compte de
tout. Il lui dit qu’elle était défendue par des
amazones ; et qu’à moins de mener une grosse armée,
il n’entrerait jamais dans l’île.
Le roi son père
venait de mourir, il se trouva maître de tout. Il assembla plus
de quatre cent mille hommes, et partit à leur tête. C’était
là un beau général ; Briscambille ou Perceforêt
auraient mieux fait que lui : son cheval de bataille n’avait
pas une demi-aune de haut. Quand les amazones aperçurent cette
grande armée, elles en vinrent donner avis à la princesse,
qui ne manqua pas d’envoyer la fidèle Abricotine au royaume
des fées, pour prier sa mère de lui mander ce qu’elle
devait faire pour chasser le petit Furibon de ses états. Mais
Abricotine trouva la fée fort en colère :
« Je n’ignore
rien de ce que fait ma fille, lui dit-elle ; le prince Léandre
est dans son palais ; il l’aime, il en est aimé. Tous
mes soins n’ont pu la garantir de la tyrannie de l’amour
; la voilà sous son fatal empire. Hélas ! le cruel n’est
pas content des maux qu’il m’a faits ; il exerce encore
son pouvoir sur ce que j’aimais plus que ma vie ! Tels sont
les décrets du destin, je ne puis m’y opposer. Retirez-vous,
Abricotine, je ne veux plus entendre parler de cette fille dont les
sentiments me donnent tant de chagrin ! »
Abricotine vint
apprendre à la princesse ces mauvaises nouvelles ; il ne s’en
fallut presque rien qu’elle ne se désespérât.
Lutin était auprès d’elle sans qu’elle le
vît : il connaissait avec une peine extrême l’excès
de sa douleur. Il n’osa lui parler dans ce moment ; mais il
se souvint que Furibon était fort intéressé,
et qu’en lui donnant bien de l’argent peut-être
qu’il se retirerait. Il s’habilla en amazone, il se souhaita
dans la forêt pour reprendre son cheval. Dès qu’il
l’eut appelé « Gris-de-lin ! », Gris-de-lin
vint à lui, sautant et bondissant car il s’était
bien ennuyé d’être si longtemps éloigné
de son cher maître. Mais, quand il le vit vêtu en femme,
il ne le reconnaissait plus, e t craignait d’être trompé.
Léandre
arriva au camp de Furibon : tout le monde le prit pour une amazone,
tant il était beau. On fut dire au roi qu’une jeune dame
demandait à lui parler de la part de la princesse des Plaisirs
tranquilles. Il prit promptement son manteau royal et se mit sur son
trône : l’on eût dit que c’était un
gros crapaud qui contrefaisait le roi. Léandre le harangua,
et lui dit que la princesse préférant une vie douce
et paisible aux embarras de la guerre, elle lui envoyait offrir de
l’argent autant qu’il en voudrait, pour qu’il la
laissât en paix ; qu’à la vérité,
s’il refusait cette proposition, elle ne négligerait
rien pour se défendre.
Furibon répliqua
qu’il voulait bien avoir pitié d’elle ; qu’il
lui accordait l’honneur de sa protection, et qu’elle n’avait
qu’à lui envoyer cent mille mille mille millions de pistoles,
qu’aussitôt il retournerait dans son royaume. Léandre
dit que l’on serait trop longtemps à compter cent mille
mille mille millions de pistoles, qu’il n’avait qu’à
dire combien il en voulait de chambres pleines, et que la princesse
était assez généreuse et assez puissante pour
n’y pas regarder de si près. Furibon demeura bien étonné
qu’au lieu de lui demander à rabattre, on lui proposât
d’augmenter ; il pensa en lui-même qu’il fallait
prendre tout l’argent qu’il pourrait, puis arrêter
l’amazone et la tuer pour qu’elle ne retourn&acir c;t
point vers sa maîtresse.
Il dit à
Léandre qu’il voulait trente chambres bien grandes toutes
remplies de pièces d’or, et qu’il donnait sa parole
royale qu’il s’en retournerait. Léandre fut conduit
dans les chambres qu’il devait remplir d’or ; il prit
la rose et la secoua, la secoua tant et tant qu’il en tomba
pistoles, quadruples, louis, écus d’or, nobles à
la rose, souverains, guinées, sequins ; cela tombait comme
une grosse pluie : il y a peu de chose dans le monde qui soit plus
joli. Furibon se ravissait, s’extasiait, et plus il voyait d’or,
plus il avait d’envie de prendre l’amazone et d’attraper
la princesse. Dès que les trente chambres furent pleines, il
cria à ses gardes :
«
Arrêtez, arrêtez cette friponne, c’est de la fausse
monnaie qu’elle m’apporte. »
Tous
les gardes se voulurent jeter sur l’amazone, mais en même
temps le petit chapeau rouge fut mis, et Lutin disparut. Ils crurent
qu’il était sorti, ils coururent après lui et laissèrent
Furibon seul. Dans ce moment Lutin le prit par les cheveux, et lui coupa
la tête comme à un poulet, sans que le petit malheureux
roi vît la main qui l’égorgeait. Quand Lutin eut
sa tête, il se souhaita dans le palais des Plaisirs. La princesse
se promenait, rêvant tristement à ce que sa mère
lui avait mandé, et aux moyens de repousser Furibon, qu’elle
imaginait difficiles, étant seule avec un petit nombre d’amazones,
qui ne pourraient la défendre contre quatre cent mille hommes
; elle vit tout d’un coup une tête en l’air, sans
que personne la tînt. Ce prodige l’étonna si fort
qu’elle ne sav ait qu’en penser. Ce fut bien pis quand on
posa cette tête à ses pieds, sans qu’elle vît
la main qui la tenait. Aussitôt elle entendit une voix qui lui
dit : Ne craignez plus, charmante princesse, Furibon ne vous fera jamais
de mal. Abricotine reconnut la voix de Léandre, et s’écria
:
« Je vous
proteste, madame, que l’invisible qui parle est l’étranger
qui m’a secourue. » La princesse parut étonnée
et ravie.
«
Ah, dit-elle, s’il est vrai que Lutin et l’étranger
soient une même chose, j’avoue que j’aurais bien du
plaisir de lui témoigner ma reconnaissance ! »
Lutin
repartit :
«
Je veux encore travailler à la mériter. »
En
effet, il retourna à l’armée de Furibon, où
le bruit de sa mort venait de se répandre. Dès qu’il
y parut avec ses habits ordinaires, chacun vint à lui ; les capitaines
et les soldats l’environnèrent, poussant de grands cris
de joie : ils le reconnurent pour leur roi, et que la couronne lui appartenait.
Il leur donna libéralement à partager entre eux les trente
chambres pleines d’or, de manière que cette armée
fût riche à jamais. Et, après quelques cérémonies
qui assuraient Léandre de la foi des soldats, il retourna encore
vers sa princesse, ordonnant à son armée de s’en
aller à petites journées dans son royaume.
La princesse s’était
couchée, et le profond respect que ce prince avait pour elle
l’empêcha d’entrer dans sa chambre ; il se retira
dans la sienne, car il avait toujours couché en bas. Il était
lui-même assez fatigué pour avoir besoin de repos ; cela
fit qu’il ne pensa point à fermer la porte aussi soigneusement
qu’il le faisait d’ordinaire. La princesse mourait de
chaud et d’inquiétude ; elle se leva plus matin que l’aurore,
et descendit en déshabillé dans son appartement bas.
Mais quelle surprise fut la sienne d’y trouver Léandre
endormi sur un lit ! Elle eut tout le temps de le regarder sans être
vue, et de se convaincre que c’était la personne dont
elle avait le portrait dans sa boîte de diamants.
«
Il n’est pas possible, disait-elle, que ce soit ici Lutin, car
les lutins dorment-ils ? Est-ce là un corps d’air et de
feu, qui ne remplit aucun espace, comme le dit Abricotine ? »
Elle touchait
doucement ses cheveux, elle l’écoutait respirer, elle
ne pouvait s’arracher d’auprès de lui ; tantôt
elle était ravie de l’avoir trouvé, tantôt
elle en était alarmée. Dans le temps qu’elle était
le plus attentive à le regarder, sa mère la fée
entra, avec un bruit si épouvantable que Léandre s’éveilla
en sursaut. Quelle surprise et quelle affliction pour lui de voir
sa princesse dans le dernier désespoir ! Sa mère l’entraînait,
la chargeant de mille reproches. Oh ! quelle douleur pour ces jeunes
amants ! ils se trouvaient sur le point d’être séparés
pour jamais. La princesse n’osait rien dire à la terrible
fée ; elle jetait les yeux sur Léandre, comme pour lui
demander quelque secours. Il jugea bien qu’il ne pouv ait pas
la retenir malgré une personne si puissante, mais il chercha
dans son éloquence et dans sa soumission les moyens de toucher
cette mère irritée. Il courut après elle, il
se jeta à ses pieds ; il la conjura d’avoir pitié
d’un jeune roi qui ne changerait jamais pour sa fille, et qui
ferait sa souveraine félicité de la rendre heureuse.
La princesse, encouragée par son exemple, embrassa aussitôt
les genoux de sa mère, et lui dit que sans le roi elle ne pouvait
être contente, et qu’elle lui avait de grandes obligations.
«
Vous ne connaissez pas les disgrâces de l’amour, s’écria
la fée, et les trahisons dont ces aimables trompeurs sont capables
; ils ne nous enchantent que pour nous empoisonner ; je l’ai éprouvé.
Voulez-vous avoir une destinée semblable à la mienne ?
– Ah ! madame,
répliqua la princesse, n’y a-t-il point d’exception
? Les assurances que le roi vous donne, et qui paraissent si sincères,
ne semblent-elles pas me mettre à couvert de ce que vous craignez
? »
L’opiniâtre
fée les laissait soupirer à ses pieds ; c’était
inutilement qu’ils mouillaient ses mains de leurs larmes, elle
y paraissait insensible ; et sans doute elle ne leur aurait point
pardonné, si l’aimable fée Gentille n’eût
paru dans la chambre, plus brillante que le soleil. Les Grâces
l’accompagnaient ; elle était suivie d’une troupe
d’Amours, de jeux et de Plaisirs, qui chantaient mille chansons
agréables et nouvelles ; ils folâtraient comme des enfants.
Elle embrassa la vieille fée.
« Ma chère
sœur, lui dit-elle, je suis persuadée que vous n’avez
pas oublié les bons offices que je vous rendis lorsque vous
voulûtes revenir dans notre royaume ; sans moi vous n’y
auriez jamais été reçue, et depuis ce temps-là
je ne vous ai demandé aucun service ; mais enfin le temps est
venu de m’en rendre un essentiel. Pardonnez à cette belle
princesse, consentez que ce jeune roi l’épouse, je vous
réponds qu’il ne changera point pour elle. Leurs jours
seront filés d’or et de soie ; cette alliance vous comblera
de satisfaction, et je n’oublierai jamais le plaisir que vous
m’aurez fait.
–
Je consens à tout ce que vous souhaitez, charmante Gentille,
s’écria la fée. Venez, mes enfants, venez entre
mes bras recevoir l’assurance de mon amitié. »
À ces mots
elle embrassa la princesse et son amant. La fée Gentille, ravie
de joie, et toute la troupe commencèrent les chants d’hyménée
; et la douceur de cette symphonie ayant réveillé toutes
les nymphes du palais, elles accoururent avec de légères
robes de gaze pour apprendre ce qui se passait. Quelle agréable
surprise pour Abricotine ! Elle eut à peine jeté les
yeux sur Léandre qu’elle le reconnut, et, lui voyant
tenir la main de la princesse, elle ne douta point de leur commun
bonheur. C’est ce qui lui fut confirmé lorsque la mère
fée dit qu’elle voulait transporter l’île
des Plaisirs tranquilles, le château et toutes les merveilles
qu’il renfermait, dans le royaume de Léandre ; qu’elle
y demeurerait avec eux et qu’elle leur ferait encore de plus
grands biens.
«
Quelque chose que votre générosité vous inspire,
madame, lui dit le roi, il est impossible que vous puissiez me faire
un présent qui égale celui que je reçois aujourd’hui
; vous me rendez le plus heureux de tous les hommes, et je sens bien
que j’en suis aussi le plus reconnaissant. »
Ce petit compliment
plut fort à la fée : elle était du vieux temps,
où l’on complimentait tout un jour sur le pied d’une
mouche. Comme Gentille pensait à tout, elle avait fait transporter,
par la vertu de Brelic-breloc, les généraux et les capitaines
de l’armée de Furibon au palais de la princesse, afin
qu’ils fussent témoins de la galante fête qui allait
se passer. Elle en prit soin en effet ; et cinq ou six volumes ne
suffiraient point pour décrire les comédies, les opéras,
les courses de bagues, les musiques, les combats de gladiateurs, les
chasses et les autres magnificences qu’il y eut à ces
charmantes noces. Le plus singulier de l’aventure, c’est
que chaque nymphe trouva parmi les braves que Gentille avait attirés
dans ces beaux lieux un époux aussi passionné que s’ils
s&rsquo ;étaient vus depuis dix ans. Ce n’était
néanmoins qu’une connaissance au plus de vingt-quatre
heures ; mais la petite baguette produit des effets encore plus extraordinaires.