Edouard Brasey est conteur
et écrivain. Il a écrit plusieurs ouvrages de référence sur les peuples
de la nature. En fait, ses ouvrages font partie des inspirations des cartes des Esprits de la Nature. Un expert du genre, dont vous pourrez découvrir
bientôt l'interview sur eslaria.com, ainsi que sa bibliographie
et la présentation de son site.
Que l'on parle de dragons,
d'elfes, de sylphes ou de sirènes, Edouard est intarissable ! Mais sa
plus grande spécialité est sans doute l'étude des fées. Que serait le
monde des élémentaux sans elles ? Ce sont les
êtres fascinant le plus les humains. Une sorte d'idéal féminin,
pleines de fraîcheur de d'ondes bénéfiques. Leur beauté, leur fragilité,
leur douceur attire, hommes autant que femmes. Les enfants en font leurs
protectrices. Quant aux animaux, ils les aperçoivent bien plus souvent
que nous.
Mais les fées sont plus puissantes
qu'on ne le croit. Gare à celui qui les mettra en colère ! La grâce
n'empêche pas la hargne, et ces êtres ne sont pas prêtes à s'en laisser
compter. Leurs pouvoirs magiques sont innombrables et font partis de
leur personnalité.
Il existe presque autant de pouvoirs différents que de fées. Elles sont
du peuple de la terre mais savent s'élever dans les airs. A elles seules,
elles séduisent lutins, elfes et humains. Combien d'âmes éperdument
amoureuses ont perdu la raison à cause d'elles ? Attention, ne perdez
pas la tête... et gardez les pieds sur terre. Les fées sont très sauvages,
bien plus encore que le moins docile des animaux.
Et pourtant ! Elles aiment
passer du monde de la féerie au notre. Elles aiment nous voir, nous
observer, et parfois communiquer avec nous. Le moyen âge mis fin à la
belle harmonie qui régnait entre ces deux dimensions. Les fées furent
chassées et répudiées, ont les vit de moins en moins. Mais
aujourd'hui, des siècles plus tard, elles commencent
à pointer de nouveau le bout de leurs ailes... les croyances
sont moins taboues qu'auparavant. Et plus l'on croit aux fées, plus
elles réapparaissent. Car on leur donne alors la clé pour venir chez
nous.
Penchons nous sur l'excellent
"Guide du chasseur de Fées" d'Edouard Brasey ( Editions
Le pré aux Clercs ), et laissons l'auteur approfondir le sujet...
Le
crépuscule des dieux - Le calendrier magique
Les portes ouvrant sur l'autre
monde
La petite société des
fées
Quelques fées célèbres
Le crépuscule
des dieux et la naissance des Fées
"L'Edda", recueil
de mythologies nordiques compilées par le poète islandais
Snorri Sturluson, rédigé entre 1220 et 1230, narre comment
les Ases - les dieux - maîtres de la forteresse d'Asgard firent
le monde en sacrifiant et dépeçant Ymir, le vieux géant
du givre né des gouttes provenant de la rencontre du feu et de
la glace et nourri par les quatre fleuves de lait coulant des pis de
la vache Audhumla. Odin et ses frères firent du corps d'Ymir
le globe terrestre, de son sang la mer et les lacs, de sa chair la terre
ferme, de ses os les montagnes, de ses dents les pierres et les roches,
de sa chevelure et de sa barbe les forêts, de son crâne
la voûte céleste et de son cerveau les nuages.
Mais à
la surface du corps en décomposition du géant abattu des
vers se mirent à grouiller. Des vers nés de la substance
du géant du givre, qui reflétèrent un instant l'image
des Ases sur eux penchés. Ces vers, à jamais marqués
par cette empreinte divine, se transformèrent en divinités
secondaires et minuscules, vivant dans les éléments de
la nature, que les Scandinaves appelèrent le Peuple des Huldre,
et qui plus tard prirent le nom de fées, elfes, nains et autres
membres du petit peuple. Certains plongèrent dans les profondeurs
ténébreuses du monde, se transformant en elfes noirs et
en démons, tandis que d'autres, attirés par la lumière,
évoluaient au grand jour sous la forme de fées, elfes
clairs et sylphes.
© - Roland Fuentealba
Le
calendrier magique
1er mai : Beltaine
Le mois de mai est le mois des fées par excellence. Le 1er mai,
notamment, correspond à la fête celtique de Beltaine, marquant
à la fin de la "saison sombre" et inaugurant le début
de la "saison claire". Placée sous l'égide de
Belen, le Soleil, Beltaine est une fête joyeuse et enjouée,
marquée par les arbres de mai, la magie amoureuse et les rituels
de fécondité. C'est l'époque où les fées,
sortant enfin de leur long sommeil hivernal, apparaissent
au grand jour pour repeindre les fleurs de couleurs vives et
raviver leurs parfums. C'est aussi le temps où les bonnes dames
changent de logis et déménagent d'une colline à
l'autre.
24 juin : la
Saint-Jean
La fête de la Saint-Jean, le 24 juin, et la nuit qui la précède,
la plus courte et la plus chaude de l'année, constitue également
une excellente date pour partir à la rencontre des fées,
qui prennent souvent l'apparence d'accortes jouvencelles sautant allègrement
au-dessus des bûchers allumés un peu partout. Placée
sous les auspices de la magie et des sortilèges, cette fête
donne lieu à bien des enchantements. Ainsi, à minuit précis,
l'eau des fontaines se transforme en vin et les pierres en pains. Les
magiciennes et les sorcières s'en vont cueillir l'herbe de la
Saint-Jean, qui a le pouvoir de conjurer les sorts et de guérir
les points de côté, avant de se baigner nues dans la rosée
matinale, afin de garder une peau fraîche et un teint éclatant.

1er
novembre : Samhain et Halloween
Le 1er novembre marque chez les Celtes le début de la saison
sombre et la fête de Samhain, le dieu de la Mort. La veille, nuit
d'Halloween, les défunts et les esprits noirs sortent des cimetières
pour se mêler aux humains. Si Beltaine est l'époque privilégiée
pour observer les jolies fées des fleurs, Halloween est davantage
marquée par la présence des mauvaises fées, sorcières,
chasses fantastiques, hordes et vassalerie des Unseelie ( des "maudits"
).
Cette sombre fête est en réalité
décomptée du calendrier humain ; la nuit d'Halloween
est "hors du temps", entièrement réglée
par les caprices du temps féerique. Aussi cette nuit terrifiante
peut-elle durer aussi bien quelques heures que quelques siècles,
et plus d'un mortel, victime des sortilèges d'Halloween, est
resté à jamais prisonnier d'Elfland sans espoir de retour.
Pour prévenir ce danger, il est conseillé d'allumer de
grands feux et d'organiser des banquets afin de se concilier les esprits
mauvais et de vaincre sa peur du noir et de la mort.
-
Note de eslaria : on peut ainsi s'apercevoir que le monde
des élémentaux a des liens fondamentaux avec le notre.
En fait, le temps lui-même se met à notre service pour
nous faire rencontrer le petit peuple !
Encore faut-il gommer auparavant les faux-symboles venus remplacer les
significations d'antan. Halloween en est l'exemple le plus édifiant.
Né en Europe, passé en Amérique puis revenu en
France, voilà cette fête païenne transformée
en "fête de l'épouvante". -
Les portes
ouvrant sur l'autre monde
Certains lieux
sont plus propices que d'autres à l'observation des fées,
et tout bon chasseur de fées se doit de les connaître.
Ainsi, on s'accorde généralement à reconnaître
que les fées ont une certaine propension à fuir les grandes
agglomérations urbaines au profit de la nature de préférence
sauvage, avec un penchant pour les forêts, les points d'eau (
fontaines, lacs et cascades ), les collines enchantées ainsi
que les jardins.
Ces lieux d'observation
sont toutefois précaires, car les fées n'y sont que de
passage, et n'y demeurent point. Maître Mérindol, en son
Traité de Faërie, insiste sur le fait que les forêts,
les fontaines, les lacs, les collines et autres points stratégiques
sont en réalité moins des lieux de résidence que
des frontières invisibles, des portes
enchantées ouvrant sur l'autre monde.
Inutile donc de
s'attendre à croiser une fée au détour d'une haie
ou à l'orée d'une futaie. Jadis, peut-être, en cet
âge d'or où les gens de Féerie fréquentaient
encore le commun des mortels, il était possible de rencontrer
une belle dame sous un chêne ou près des berges d'un lac.
Mais cette époque est hélas révolue depuis bien
des lustres, et si l'on peut encore, par accident, tomber nez à
nez en pleine forêt avec un nain égaré ou une sarabande
de lutins ou de gnomes en goguette, il y a beau temps que les accortes
jouvencelles ont déserté nos sentines ou les margelles
de nos fontaines. Les contempler est devenu un luxe réservé
à quelques initiés.
Au Moyen Âge, déjà,
ce n'est qu'après moult péripéties que les chevaliers
aventureux rencontraient les fées qui leur étaient promises.
Dans les romans médiévaux inspirés du cycle de
la Table ronde, c'est souvent en poursuivant un gibier fabuleux, blanche
biche, cerf au pelage de neige ou encore sanglier au poil immaculé,
que le fier paladin était conduit, sans le savoir, jusqu'au palais
enchanté où l'attendait la fée dont il était
désormais le prisonnier d'amour. Car voici que
de chasseur, il était devenu gibier, tourmenté
par sa passion pour la belle dame dont il était désormais
l'esclave et le chevalier servant.
Même si
les fées ont largement déserté les forêts
d'aujourd'hui, certaines d'entre elles sont encore présentes
dans les dernières réserves naturelles de fées,
telles que les forêts bretonnes de Huelgoat, Fouesnant ou Brocéliande,
dans les bois anglais du Devon et du Somerset, ou bien encore sur les
landes d'Ecosse et d'Irlande. C'est là que le chasseur de fées
avisé devra porter ses pas.
-
Note de eslaria : retenez le bien : qui dit nature ne dit
pas forcément élémentaux. Un arbre, un square ou
même une forêt peuvent être tels des villages déserts.
En fait, le petit peuple a vu son espace d'habitation sans cesse retranché,
au fur et à mesure des progrès technologiques humains.
A nous maintenant de retrouver ces endroits... mais comprenez qu'il
faudra leur prouver nos bonnes intentions -
© - Roland Fuentealba
La
petite société des fées
Lorsque leur sort
n'est pas lié à celui des humains, les fées forment
entre elles une véritable société, avec ses règles,
ses comportements et ses modes de vie, qui ne sont pas sans rappeler,
de façon idéalisée, la société des
hommes. Pour Paracelse - qui fut lui aussi, en ses jeunes années,
un élève d'Ismaël Mérindol, lequel l'initia
aux moeurs et coutumes dées fées - ces êtres ont
été en effet conçus par Dieu pour manifester les
merveilles de sa Création à ceux qui les contemplent,
même si cette faveur est rare : "Car ces êtres n'apparaissent
pas tous les jours, mais au contraire très rarement : et nous
ne les voyons comme s'ils nous apparaissaient dans un rêve. Ce
sont donc des êtres humains, ils meurent comme les bêtes,
se déplacent comme les esprits, mangent et boivent comme les
hommes" ( Paracelse ).
Les fées
et autres êtres élémentaires ne sont pourtant ni
des esprits, ni des animaux, ni des hommes, mais des créatures
intermédiaires : "Ainsi, de la même manière
que l'on peut reconnaître et distinguer l'un de l'autre un esprit
et un être humain, de la même manière vous reconnaîtrez
les êtres dont je traite ici, mais avec cette différence
qui les sépare des esprits, qu'ils ont sang, chair et os : en
outre ils mettent au monde enfants et rejetons, parlent et mangent,
boivent et marchent, choses que ne font pas les esprits. Voilà
pourquoi ils sont pareils aux esprits par l'agilité, à
l'être humain par la silhouette et par le fait qu'ils mangent
et enfantent, et, ainsi, ce sont des êtres qui ont à la
fois la nature des esprits et la nature de l'homme, qui ne font en eux
qu'une seule et même chose."
Tout comme l'homme
est à l'image de Dieu, les créatures
élémentaires sont à l'image de l'homme : "Ils
ont une intelligence, sont riches, raisonnables, pauvres, insensés
comme nous, qui sommens issus d'Adam : ils sont notre portrait en tous
points. De même qu'on dit que l'homme est l'image de Dieu, c'est-à-dire
qu'il a été fait à son image, on peut dire aussi
que ces êtres sont l'image de l'homme et faits à l'image
de l'homme".
Rien en effet
ne semble distinguer la société des êtres élémentaires
de celle des hommes : "leurs coutumes, leurs gestes sont humains
; leur paler et leurs façons ainsi que toutes leurs qualités
sont tantôt meilleurs et tantôt plus grossiers, tantôt
plus subtils et tantôt plus rudes que ceux des hommes. La même
chose s'applique à leurs silhouettes, de forme extrêmement
différenciée, comme c'est le cas chez les hommes : leur
nourriture est semblable à celle des hommes ; ils mangent et
jouissent du travail de leurs mains, filent et tissent eux-mêmes
leurs propres habits, savent, grâce à leur raison, utiliser
les objets, possèdent la sagesse qui les rend aptes à
gouverner, la justice pour les préserver et les protéger".
Les maisons
des fées :
Cette petite société des fées a ses habitations
propres, qui ont changé au fil du temps. Jadis, les fées
vivaient sous les pierres des dolmens, qui encore aujourd'hui ont pour
nom la maison des Fées, l'antre des Fades, la cave aux Fées
ou encore le Clapier aux Fées. Paul Sébillot concède
qu'il est assez rare qu'elles passent pour habiter
encore des dolmens ; on croit cependant qu'elles résidaient
à une époque voisine de la nôtre dans ceux de Saint-Nectaire
en Puy-de-Dôme ; sous le dolmen de la lande du Fao en Saint-Gelven
vit toute une légion de fées qui en sortent à minuit
pour danser sur sa table. On s'empara jadis près de celui des
Faradelles, dans l'Aveyron, d'une fée, au moment où elle
mettait ses bas rouges, et on l'enferma dans une maison que l'on montre
encore."
Pour être enfouies dans le sol ou dans la pierre, les maisons
des fées n'en étaient pas moins magnifiques. "On
entrait chez les fées de Landaville par de gros trous cachés
sous des souches d'aubépine Leur maison était tout au
fond ; il y avait beaucoup de chambres où c'était plus
beau qu'à l'église. On y voyait toujours plus clair qu'en
plein midi, tant il y avait d'étoiles de toutes couleurs qui
étaient attachées en l'air. Et partout sur les murailles
c'étaient des miroirs qui reluisaient et qu'on ne pouvait regarder.
Les fées passaient leur vie à chanter et à jouer,
et, quand il faisait beau, elles sortaient la nuit par les trous de
fosse. Elles étaient si légères qu'elles ne touchaient
pas terre, et qu'on voyait clair au travers d'elles." ( Paul Sébillot
)
Comment
les fées acquièrent une âme immortelle
N'ayant point,
contrairement à l'homme, d'âme immortelle, les êtres
de Féerie peuvent toutefois en acquérir une - et devenir
ainsi chrétiens - en s'unissant aux hommes. C'est la raison pour
laquelle ils recherchent en permanence - notamment les nymphes, c'est-à-dire
les fées, et les ondines - l'amour des mortels. Pour Paracelse,
"ce sont des hommes, mais seulement quant à la nature animale
: ils n'ont pas d'âme. Il s'ensuit cependant qu'ils s'unissent
à l'homme par mariage, en sorte qu'une ondine épouse un
homme issu d'Adam, vit en ménage avec lui et met au monde des
enfants. En ce qui les concerne, il faut savoir que leur engeance tient
du père : du fait que le père est un homme issu d'Adam,
une âme est insufflée à l'enfant et il devient semblable
à un vrai homme qui possède une
âme et l'Eternité. En outre, il est bien connu et
il faut se pénétrer du fait que même ces femmes
reçoivent une âme en se mariant, en sorte qu'elles sont
rachetées aux yeux de Dieu et par Lui, comme les autres femmes.
Car il s'avère de maintes façons qu'elles ne sont point
éternelles, mais aussi qu'elles le deviennent quand elles sont
unies aux hommes ; c'est-à-dire qu'elles sont alors dotées
d'une âme, comme l'homme."
Selon Paracelse,
le mariage avec une fée était aussi indissoluble que le
mariage chrétien, et le mortel qui prenait un tel engagement
ne pouvait en aucun cas répudier sa surnaturelle épouse
: "sachez à ce sujet que, quand leur mari les a irritées,
tandis qu'elles sont sur l'eau ou en d'autres endroits analogues, elles
tombent tout simplement à l'eau et personne ne peut plus les
retrouver. Alors, il semble au mari que sa femme s'est noyée,
car il ne la voit plus jamais. cependant, sachez aussi qu'il ne doit
pas la croire défunte et morte, mais vivante, bien qu'elle soit
tombée à l'eau : et sachez en outre qu'il ne doit point
prendre d'autre femme. Car si cela arrive, il lui faudra le payer de
sa vie et il ne reviendra plus jamais sur terre, le mariage n'étant
pas dissous, mais conservant au contraire son entière validité."
Quelques
fées célèbres
La Befana
La Befana italienne est une
vieille fée, toujours vêtue de noir, le visage couvert
de suie et dotée de longues chaussures éculées,
qui sillonne le ciel sur son balai pour apporter des cadeaux aux enfants
sages à l'Epiphanie. Quant aux enfants méchants, elle
leur laisse des choses répugnantes et malpropres. On dit qu'il
s'agissait d'une vieille femme occupée à ramasser des
fagots au moment où elle avait croisé les Rois mages qui
lui avaient proposé de les accompagner jusqu'à Bethléem
pour adorer l'enfant Jésus. Elle refusa puis, prise de remords,
elle tenta de les rejoindre, un sac plein de jouets sur le dos. Mais
les rois avaient pris trop d'avance et la Befana erra sans repos à
travers l'Europe entière, avant de s'installer en Italie
où aujourd'hui encore on la représente sous la forme d'un
mannequin couvert de guenilles que l'on fait défiler sur un char
à travers la ville avant de la brûler sur la place principale.
-
Note de eslaria : on constate en plusieurs endroits que
les élémentaux sont bien plus mêlés à
la religion qu'on ne pouvait le croire. Un point pour le moins inattendu:
l'esprit païen et la chrétienté n'ont pas pour réputation
de faire bon ménage. Mais il ne faut pas oublier que les élémentaux
sont de la source du monde : ils étaient là au premières
heures de notre terre. Quoi du plus naturel, au fond, qu'ils aient toute
leur place dans la bible. Bien entendu, certaines légendes sont
très allégoriques comme tous les rapprochements à
Adam et Eve, mais d'autres entrent en harmonie avec la féerie
religieuse. -
Mélusine
Ancêtre féerique
de la famille des Lusignan, dont l'histoire fut narrée par Jehan
d'Arras en 1392, Mélusine - dont le nom signifie "merveille"
-fut l'une des trois filles que la fée Pressine eut avec le roi
Elinas d'Albanie ( l'Ecosse ). Pressine avait fait jurer à son
mortel époux de ne jamais chercher à la voir au moment
de ses couches. Elinas ayant trahi son serment, Pressine s'en fut avec
ses trois filles, Mélusine, Mélior et Palestine qui, en
grandissant, voulurent châtier leur père en l'enfermant
au coeur de la montagne de Brumbloremmlion, dans le Northumberland.
Mécontente de cette initiative, orchestrée principalement
par Mélusine, Pressine condamna la fée à se transformet
chaque samedi en serpent de la taille aux pieds, jusqu'à ce qu'elle
épouse un homme qui accepte de ne jamais chercher à la
voir de samedi.
Alors qu'il errait dans la forêt de Colombiers après avoir
tué accidentellement son oncle Aymeri de Poitiers au cours d'une
chasse au sanglier, Raymondin, fils cadet du comte de Forez, fit la
rencontre de Mélusine à la fontaine de Soif-Jolie. Elle
était si belle qu'il lui demanda aussitôt sa main. La fée
accepta, à la condition qu'il lui laisse la liberté de
ses samedis, et ne cherche jamais à la voir ce jour-là.
Raymondin promit, et devint bientôt le seigneur le plus puissant
du Poitou grâce à l'influence de sa féerique épouse
qui fit bâtir de somptueux châteaux, dont la forteresse
de Lusignan édifiée en une seule nuit. De leur union,
qui dura vingt-cinq ans, naquirent dix fils vaillants et courageux,
mais affligés d'une marque ou d'une infirmité signant
leur appartenance au monde merveilleux.
Hélas ! Persuadé
par son frère Renaut que son épouse mettait à profit
ses jours de liberté pour recevoir ses amants, Raymondin transgressa
l'interdit et la surprit, un samedi, dans la tour où elle prenait
son bain. Il la découvrit alors, parfaitement conformée
de la tête à la taille, mais dotée en dessous d'une
horrible queue de serpent qui faisait gicler l'eau de la cuve où
la fée était plongée. Le cri d'horreur que poussa
Raymondin alerta la fée qui, se voyant découverte, s'enfuit
par la fenêtre sous la forme d'un serpent ailé. Depuis,
elle vient les soirs de grand vent pleurer autour des tours du château
qu'elle a abandonné pour toujours et, comme la Dame Blanche ou
la Banshie d'Ecosse, pousse des cris déchirants lorsqu'un malheur
ou un deuil menace la famille des Lusignan. Fort célèbre
en Poitou, elle est encre aujourd'hui surnommée familièrement
la "mère Lusine".

© - Roland Fuentealba
Morgane
Morgue, Morgain ou Morgane
est plus une magicienne qu'une fée. Elle
fut initiée à la magie par l'enchanteur Merlin dont elle
était la disciple. Reine d'Avalon, c'est une fée guérisseuse
vers laquelle sont conduits les malades, les naufragés et les
braves blessés au combat. Raynouart y séjourne quelque
temps à l asuite d'un naufrage, et le roi Arthur, blessé
à mort par son fils Mordred, y fut transporté pour y être
soigné. Après l'avoir guéri, elle lui offrit l'hospitalité
jusqu'au jour où il retournera en Bretagne afin de restaurer
son empire. On la confond parfois avec Morgause, fille d'Ygerne et de
Gorlois de Tintagel, demi-soeur du roi Arthur et mariée au roi
Loth d'Orcanie dont elle eut quatre fils, Gauvain, Gareth et Gahériet.
De son union incestueuse avec Arthur, elle donna naissance à
Mordred.
Viviane
Magicienne, fille d'un vavasseur
de la forêt de Brocéliande nommé Dyonnas, Viviane,
ou Niniane, ou Nimue, rencontra Merlin, alias Myrdhin, à la fontaine
de Barenton, où il lui enseigna toutes ses magies, jusqu'au sortilège
permettant d'enfermer un homme dans une prison d'air dont il ne puisse
s'échapper. C'est ainsi que Merlin, par amour de la jolie fée,
se trouva à jamais prisonnier de son esplumoir. "Et il n'est
guère de jour ni de nuit que je n'aie sa compagnie, en effet,
et je suis plus fol que jamais, car je l'aime plus que ma liberté",
confia Merlin à Gauvain parti à sa recherche. Viviane
est également la Dame du Lac, car elle réside dans un
merveilleux palais de cristal caché au fond de l'eau, que l'on
situe parfois au sein du lac du château de Comper, situé
en forêt de Brocéliande. C'est là qu'elle éleva
le jeune Lancelot, héritier du royaume de Bénoïc,
après l'avoir enlevé à sa mère à
la mort de son père. L'histoire de Lancelot du Lac narre ainsi
la scène : "A tout ce que dit la reine, la demoiselle ne
répond mot. Lorsqu'elle la voit s'approcher, elle se lève,
avec l'enfant qu'elle tient entre ses bras, se dirige tout droit vers
le lac, joint les pieds et s'y jette." C'est pour cette raison
que le jeune garçon portera plus tard le surnom de Lancelot du
Lac.
Le roman médiéval
insiste bien sur la nature féerique de la Dame du Lac : "Le
conte dit que la demoiselle qui emporta Lancelot dans le lac était
une fée. En ce temps-là, on appelait fées toutes
celles qui se connaissaient en enchantements et en sorts : et il y en
avait beaucoup à cette époque, en Grande-Bretagne plus
qu'en tout autre pays. Elles savaient, dit le conte des histoires bretonnes,
la force des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles se maintenaient
en jeunesse, en beauté et en richesse, autant qu'elles le désiraient."
Le lac lui-même n'est que le produit d'une illusion magique destinée
à dissimuler le château de Viviane aux yeux des mortels.
Car la Dame du Lac est avant tout, comme la plupart des fées,
une femme de la forêt : "La dame qui l'élevait ne
résidait jamais ailleurs que dans des forêts grandes et
profondes ; et le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui,
lorsqu'elle l'avait emporté, n'était que d'enchantement.
Et cette habitation était si bien cachée que personne
ne pouvait la trouver ; car l'apparence du lac la protégeait
de telle manière qu'on ne pouvait pas la voir."
Source :
"Le guide du chasseur de Fées". Editions le Pré
aux Clercs, 2005. www.lepreauxclercs.com
"Le crépuscule des dieux et la naissance
des fées" : page 24 - "Le calendrier magique"
: page 30 - "Les portes ouvrant sur l'autre monde" : page
42 - "La petite société des fées" : page
62 - "Comment les fées acquièrent une âme immortelle"
: page 99 - "Quelques fées célèbres"
: page 132.
Avec l'aimable autorisation de l'éditeur.
Toute reproduction interdite sans l'accord des Edtions le Pré
aux Clercs.