© - Roland Fuentealba
La
petite société des fées
Lorsque leur sort
n'est pas lié à celui des humains, les fées forment
entre elles une véritable société, avec ses règles,
ses comportements et ses modes de vie, qui ne sont pas sans rappeler,
de façon idéalisée, la société des
hommes. Pour Paracelse - qui fut lui aussi, en ses jeunes années,
un élève d'Ismaël Mérindol, lequel l'initia
aux moeurs et coutumes dées fées - ces êtres ont
été en effet conçus par Dieu pour manifester les
merveilles de sa Création à ceux qui les contemplent,
même si cette faveur est rare : "Car ces êtres n'apparaissent
pas tous les jours, mais au contraire très rarement : et nous
ne les voyons comme s'ils nous apparaissaient dans un rêve. Ce
sont donc des êtres humains, ils meurent comme les bêtes,
se déplacent comme les esprits, mangent et boivent comme les
hommes" ( Paracelse ).
Les fées
et autres êtres élémentaires ne sont pourtant ni
des esprits, ni des animaux, ni des hommes, mais des créatures
intermédiaires : "Ainsi, de la même manière
que l'on peut reconnaître et distinguer l'un de l'autre un esprit
et un être humain, de la même manière vous reconnaîtrez
les êtres dont je traite ici, mais avec cette différence
qui les sépare des esprits, qu'ils ont sang, chair et os : en
outre ils mettent au monde enfants et rejetons, parlent et mangent,
boivent et marchent, choses que ne font pas les esprits. Voilà
pourquoi ils sont pareils aux esprits par l'agilité, à
l'être humain par la silhouette et par le fait qu'ils mangent
et enfantent, et, ainsi, ce sont des êtres qui ont à la
fois la nature des esprits et la nature de l'homme, qui ne font en eux
qu'une seule et même chose."
Tout comme l'homme
est à l'image de Dieu, les créatures
élémentaires sont à l'image de l'homme : "Ils
ont une intelligence, sont riches, raisonnables, pauvres, insensés
comme nous, qui sommens issus d'Adam : ils sont notre portrait en tous
points. De même qu'on dit que l'homme est l'image de Dieu, c'est-à-dire
qu'il a été fait à son image, on peut dire aussi
que ces êtres sont l'image de l'homme et faits à l'image
de l'homme".
Rien en effet
ne semble distinguer la société des êtres élémentaires
de celle des hommes : "leurs coutumes, leurs gestes sont humains
; leur paler et leurs façons ainsi que toutes leurs qualités
sont tantôt meilleurs et tantôt plus grossiers, tantôt
plus subtils et tantôt plus rudes que ceux des hommes. La même
chose s'applique à leurs silhouettes, de forme extrêmement
différenciée, comme c'est le cas chez les hommes : leur
nourriture est semblable à celle des hommes ; ils mangent et
jouissent du travail de leurs mains, filent et tissent eux-mêmes
leurs propres habits, savent, grâce à leur raison, utiliser
les objets, possèdent la sagesse qui les rend aptes à
gouverner, la justice pour les préserver et les protéger".
Les maisons
des fées :
Cette petite société des fées a ses habitations
propres, qui ont changé au fil du temps. Jadis, les fées
vivaient sous les pierres des dolmens, qui encore aujourd'hui ont pour
nom la maison des Fées, l'antre des Fades, la cave aux Fées
ou encore le Clapier aux Fées. Paul Sébillot concède
qu'il est assez rare qu'elles passent pour habiter
encore des dolmens ; on croit cependant qu'elles résidaient
à une époque voisine de la nôtre dans ceux de Saint-Nectaire
en Puy-de-Dôme ; sous le dolmen de la lande du Fao en Saint-Gelven
vit toute une légion de fées qui en sortent à minuit
pour danser sur sa table. On s'empara jadis près de celui des
Faradelles, dans l'Aveyron, d'une fée, au moment où elle
mettait ses bas rouges, et on l'enferma dans une maison que l'on montre
encore."
Pour être enfouies dans le sol ou dans la pierre, les maisons
des fées n'en étaient pas moins magnifiques. "On
entrait chez les fées de Landaville par de gros trous cachés
sous des souches d'aubépine Leur maison était tout au
fond ; il y avait beaucoup de chambres où c'était plus
beau qu'à l'église. On y voyait toujours plus clair qu'en
plein midi, tant il y avait d'étoiles de toutes couleurs qui
étaient attachées en l'air. Et partout sur les murailles
c'étaient des miroirs qui reluisaient et qu'on ne pouvait regarder.
Les fées passaient leur vie à chanter et à jouer,
et, quand il faisait beau, elles sortaient la nuit par les trous de
fosse. Elles étaient si légères qu'elles ne touchaient
pas terre, et qu'on voyait clair au travers d'elles." ( Paul Sébillot
)
Comment
les fées acquièrent une âme immortelle
N'ayant point,
contrairement à l'homme, d'âme immortelle, les êtres
de Féerie peuvent toutefois en acquérir une - et devenir
ainsi chrétiens - en s'unissant aux hommes. C'est la raison pour
laquelle ils recherchent en permanence - notamment les nymphes, c'est-à-dire
les fées, et les ondines - l'amour des mortels. Pour Paracelse,
"ce sont des hommes, mais seulement quant à la nature animale
: ils n'ont pas d'âme. Il s'ensuit cependant qu'ils s'unissent
à l'homme par mariage, en sorte qu'une ondine épouse un
homme issu d'Adam, vit en ménage avec lui et met au monde des
enfants. En ce qui les concerne, il faut savoir que leur engeance tient
du père : du fait que le père est un homme issu d'Adam,
une âme est insufflée à l'enfant et il devient semblable
à un vrai homme qui possède une
âme et l'Eternité. En outre, il est bien connu et
il faut se pénétrer du fait que même ces femmes
reçoivent une âme en se mariant, en sorte qu'elles sont
rachetées aux yeux de Dieu et par Lui, comme les autres femmes.
Car il s'avère de maintes façons qu'elles ne sont point
éternelles, mais aussi qu'elles le deviennent quand elles sont
unies aux hommes ; c'est-à-dire qu'elles sont alors dotées
d'une âme, comme l'homme."
Selon Paracelse,
le mariage avec une fée était aussi indissoluble que le
mariage chrétien, et le mortel qui prenait un tel engagement
ne pouvait en aucun cas répudier sa surnaturelle épouse
: "sachez à ce sujet que, quand leur mari les a irritées,
tandis qu'elles sont sur l'eau ou en d'autres endroits analogues, elles
tombent tout simplement à l'eau et personne ne peut plus les
retrouver. Alors, il semble au mari que sa femme s'est noyée,
car il ne la voit plus jamais. cependant, sachez aussi qu'il ne doit
pas la croire défunte et morte, mais vivante, bien qu'elle soit
tombée à l'eau : et sachez en outre qu'il ne doit point
prendre d'autre femme. Car si cela arrive, il lui faudra le payer de
sa vie et il ne reviendra plus jamais sur terre, le mariage n'étant
pas dissous, mais conservant au contraire son entière validité."


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