Quelques
fées célèbres
La Befana
La Befana italienne est une
vieille fée, toujours vêtue de noir, le visage couvert
de suie et dotée de longues chaussures éculées,
qui sillonne le ciel sur son balai pour apporter des cadeaux aux enfants
sages à l'Epiphanie. Quant aux enfants méchants, elle
leur laisse des choses répugnantes et malpropres. On dit qu'il
s'agissait d'une vieille femme occupée à ramasser des
fagots au moment où elle avait croisé les Rois mages qui
lui avaient proposé de les accompagner jusqu'à Bethléem
pour adorer l'enfant Jésus. Elle refusa puis, prise de remords,
elle tenta de les rejoindre, un sac plein de jouets sur le dos. Mais
les rois avaient pris trop d'avance et la Befana erra sans repos à
travers l'Europe entière, avant de s'installer en Italie
où aujourd'hui encore on la représente sous la forme d'un
mannequin couvert de guenilles que l'on fait défiler sur un char
à travers la ville avant de la brûler sur la place principale.
-
Note de eslaria : on constate en plusieurs endroits que
les élémentaux sont bien plus mêlés à
la religion qu'on ne pouvait le croire. Un point pour le moins inattendu:
l'esprit païen et la chrétienté n'ont pas pour réputation
de faire bon ménage. Mais il ne faut pas oublier que les élémentaux
sont de la source du monde : ils étaient là au premières
heures de notre terre. Quoi du plus naturel, au fond, qu'ils aient toute
leur place dans la bible. Bien entendu, certaines légendes sont
très allégoriques comme tous les rapprochements à
Adam et Eve, mais d'autres entrent en harmonie avec la féerie
religieuse. -
Mélusine
Ancêtre féerique
de la famille des Lusignan, dont l'histoire fut narrée par Jehan
d'Arras en 1392, Mélusine - dont le nom signifie "merveille"
-fut l'une des trois filles que la fée Pressine eut avec le roi
Elinas d'Albanie ( l'Ecosse ). Pressine avait fait jurer à son
mortel époux de ne jamais chercher à la voir au moment
de ses couches. Elinas ayant trahi son serment, Pressine s'en fut avec
ses trois filles, Mélusine, Mélior et Palestine qui, en
grandissant, voulurent châtier leur père en l'enfermant
au coeur de la montagne de Brumbloremmlion, dans le Northumberland.
Mécontente de cette initiative, orchestrée principalement
par Mélusine, Pressine condamna la fée à se transformet
chaque samedi en serpent de la taille aux pieds, jusqu'à ce qu'elle
épouse un homme qui accepte de ne jamais chercher à la
voir de samedi.
Alors qu'il errait dans la forêt de Colombiers après avoir
tué accidentellement son oncle Aymeri de Poitiers au cours d'une
chasse au sanglier, Raymondin, fils cadet du comte de Forez, fit la
rencontre de Mélusine à la fontaine de Soif-Jolie. Elle
était si belle qu'il lui demanda aussitôt sa main. La fée
accepta, à la condition qu'il lui laisse la liberté de
ses samedis, et ne cherche jamais à la voir ce jour-là.
Raymondin promit, et devint bientôt le seigneur le plus puissant
du Poitou grâce à l'influence de sa féerique épouse
qui fit bâtir de somptueux châteaux, dont la forteresse
de Lusignan édifiée en une seule nuit. De leur union,
qui dura vingt-cinq ans, naquirent dix fils vaillants et courageux,
mais affligés d'une marque ou d'une infirmité signant
leur appartenance au monde merveilleux.
Hélas ! Persuadé
par son frère Renaut que son épouse mettait à profit
ses jours de liberté pour recevoir ses amants, Raymondin transgressa
l'interdit et la surprit, un samedi, dans la tour où elle prenait
son bain. Il la découvrit alors, parfaitement conformée
de la tête à la taille, mais dotée en dessous d'une
horrible queue de serpent qui faisait gicler l'eau de la cuve où
la fée était plongée. Le cri d'horreur que poussa
Raymondin alerta la fée qui, se voyant découverte, s'enfuit
par la fenêtre sous la forme d'un serpent ailé. Depuis,
elle vient les soirs de grand vent pleurer autour des tours du château
qu'elle a abandonné pour toujours et, comme la Dame Blanche ou
la Banshie d'Ecosse, pousse des cris déchirants lorsqu'un malheur
ou un deuil menace la famille des Lusignan. Fort célèbre
en Poitou, elle est encre aujourd'hui surnommée familièrement
la "mère Lusine".

© - Roland Fuentealba
Morgane
Morgue, Morgain ou Morgane
est plus une magicienne qu'une fée. Elle
fut initiée à la magie par l'enchanteur Merlin dont elle
était la disciple. Reine d'Avalon, c'est une fée guérisseuse
vers laquelle sont conduits les malades, les naufragés et les
braves blessés au combat. Raynouart y séjourne quelque
temps à l asuite d'un naufrage, et le roi Arthur, blessé
à mort par son fils Mordred, y fut transporté pour y être
soigné. Après l'avoir guéri, elle lui offrit l'hospitalité
jusqu'au jour où il retournera en Bretagne afin de restaurer
son empire. On la confond parfois avec Morgause, fille d'Ygerne et de
Gorlois de Tintagel, demi-soeur du roi Arthur et mariée au roi
Loth d'Orcanie dont elle eut quatre fils, Gauvain, Gareth et Gahériet.
De son union incestueuse avec Arthur, elle donna naissance à
Mordred.
Viviane
Magicienne, fille d'un vavasseur
de la forêt de Brocéliande nommé Dyonnas, Viviane,
ou Niniane, ou Nimue, rencontra Merlin, alias Myrdhin, à la fontaine
de Barenton, où il lui enseigna toutes ses magies, jusqu'au sortilège
permettant d'enfermer un homme dans une prison d'air dont il ne puisse
s'échapper. C'est ainsi que Merlin, par amour de la jolie fée,
se trouva à jamais prisonnier de son esplumoir. "Et il n'est
guère de jour ni de nuit que je n'aie sa compagnie, en effet,
et je suis plus fol que jamais, car je l'aime plus que ma liberté",
confia Merlin à Gauvain parti à sa recherche. Viviane
est également la Dame du Lac, car elle réside dans un
merveilleux palais de cristal caché au fond de l'eau, que l'on
situe parfois au sein du lac du château de Comper, situé
en forêt de Brocéliande. C'est là qu'elle éleva
le jeune Lancelot, héritier du royaume de Bénoïc,
après l'avoir enlevé à sa mère à
la mort de son père. L'histoire de Lancelot du Lac narre ainsi
la scène : "A tout ce que dit la reine, la demoiselle ne
répond mot. Lorsqu'elle la voit s'approcher, elle se lève,
avec l'enfant qu'elle tient entre ses bras, se dirige tout droit vers
le lac, joint les pieds et s'y jette." C'est pour cette raison
que le jeune garçon portera plus tard le surnom de Lancelot du
Lac.
Le roman médiéval
insiste bien sur la nature féerique de la Dame du Lac : "Le
conte dit que la demoiselle qui emporta Lancelot dans le lac était
une fée. En ce temps-là, on appelait fées toutes
celles qui se connaissaient en enchantements et en sorts : et il y en
avait beaucoup à cette époque, en Grande-Bretagne plus
qu'en tout autre pays. Elles savaient, dit le conte des histoires bretonnes,
la force des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles se maintenaient
en jeunesse, en beauté et en richesse, autant qu'elles le désiraient."
Le lac lui-même n'est que le produit d'une illusion magique destinée
à dissimuler le château de Viviane aux yeux des mortels.
Car la Dame du Lac est avant tout, comme la plupart des fées,
une femme de la forêt : "La dame qui l'élevait ne
résidait jamais ailleurs que dans des forêts grandes et
profondes ; et le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui,
lorsqu'elle l'avait emporté, n'était que d'enchantement.
Et cette habitation était si bien cachée que personne
ne pouvait la trouver ; car l'apparence du lac la protégeait
de telle manière qu'on ne pouvait pas la voir."


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