La vie supérieure
Lorsque l'âme vertueuse, après
avoir vaincu les passions, abandonne son corps misérable, instrument
de douleur et de gloire, elle s'envole à travers l'immensité et va rejoindre
ses sours de l'espace. Emportée par une force irrésistible, elle parcourt
des régions où tout est harmonie et splendeur. Ce qu'elle y voit, la
parole humaine est trop pauvre pour l'exprimer. Mais, par-dessus tout,
quel allégement, quelle joie délicieuse, de sentir se rompre la chaîne
qui l'attachait à la terre, de pouvoir embrasser l'étendue, plonger
dans le vide sans bornes, planer par-delà l'orbe des mondes ! Plus de
corps infirme, souffreteux, pesant comme une chape de plomb ; plus de
boulet matériel à traîner péniblement. Délivrée de ses liens, elle rayonne,
elle s'enivre d'espace et de liberté.
Quel que soit son état d'avancement,
l'esprit qui vient de quitter la terre ne saurait aspirer à vivre indéfiniment
de cette vie supérieure. Astreint à la réincarnation, cette vie n'est
pour lui qu'un temps de repos, une compensation due aux maux endurés,
une récompense offerte à ses mérites. Il s'y retrempe et s'y fortifie
pour les luttes futures. Mais, dans l'avenir qui l'attend, il ne retrouvera
plus les angoisses et les soucis de la vie terrestre. L'esprit élevé
est appelé à renaître sur des globes mieux partagés que le nôtre. L'échelle
grandiose des mondes comporte d'innombrables degrés, disposés pour l'ascension
des âmes ; chacune d'elles les gravit à son tour.