Esotérime et bien-être

 

 

La crise morale

Il résulte que deux systèmes contradictoires et ennemis se partagent le monde de la pensée. Notre temps est, à ce point de vue, un temps de trouble et de transition. La foi religieuse s'attiédit, et les grandes lignes de la philosophie de l'avenir n'apparaissent encore qu'à une minorité de chercheurs.

Cependant, si les progrès d'ordre matériel et d'ordre intellectuel sont remarquables, par contre, l'avancement moral est nul. Sur ce point, le monde semble plutôt reculer ; les sociétés humaines, fiévreusement absorbées par les questions politiques, par les entreprises industrielles et financières, sacrifient au bien-être leurs intérêts moraux.

Chaque jour, la désespérance fait de nouveaux ravages : le nombre des suicidés, qui, en 1820, était de quinze cents pour la France, est maintenant de plus de huit mille. Huit mille êtres, chaque année, faute d'énergie et de sens moral, désertent les luttes fécondes de la vie et se réfugient dans ce qu'ils croient être le néant ! Le nombre des crimes et délits a triplé depuis cinquante ans. Parmi les condamnés, la proportion des adolescents est considérable. Faut-il voir dans cet état de choses les effets de la contagion du milieu, des mauvais exemples reçus dès l'enfance, le défaut de fermeté des parents et l'absence d'éducation dans la famille ? Il y a tout cela, et plus encore.

D'un côté, les religions avec leur cortège d'erreurs et de superstitions, leur esprit de domination et d'intolérance ; mais aussi avec les consolations dont elles sont la source et les faibles lueurs qu'elles ont gardées des vérités primordiales. De l'autre, la science, matérialiste dans ses principes comme dans ses fins, avec ses froides négations et son penchant outré à l'individualisme ; mais aussi avec le prestige de ses découvertes et de ses bienfaits.

Comment l'humanité sortira-t-elle de cet état de crise ? Il n'est pour cela qu'un moyen : trouver un terrain de conciliation où les deux forces ennemies, le sentiment et la raison, puissent s'unir pour le bien et le salut de tous. Car tout être humain porte en lui ces deux forces, sous l'empire desquelles il pense et agit tour à tour. Leur accord procure à ses facultés l'équilibre et l'harmonie, centuple ses moyens d'action et donne à sa vie la rectitude, l'unité de tendances et de vues, tandis que leurs contradictions et leurs luttes amènent en lui le désordre. Et ce qui se produit en chacun de nous se manifeste dans la société entière et cause le trouble moral dont elle souffre.

Au milieu des disputes et des divagations des écoles, une voix s'est fait entendre : celle des Morts. De l'autre côté de la tombe, ils se sont révélés plus vivants que jamais ; devant leurs instructions, le voile qui nous cachait la vie future est tombé. L'enseignement qu'ils nous donnent va réconcilier tous les systèmes ennemis et, des cendres du passé, faire jaillir une flamme nouvelle. Dans la philosophie des Esprits, nous retrouvons la doctrine cachée qui embrasse tous les âges. Cette doctrine, elle la fait revivre ; elle en réunit les débris épars, les relie d'un ciment puissant, pour en reconstituer un monument capable d'abriter tous les peuples, toutes les civilisations. Pour en assurer la durée, elle l'assoit sur le roc de l'expérience directe, du fait sans cesse renouvelé.

 

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