Un de ceux que vous aimez va
mourir. Penché vers lui, le cour serré, vous voyez s'étendre lentement
sur ses traits l'ombre de l'au-delà. Le foyer intérieur ne jette plus
que de pâles et tremblantes lueurs ; le voilà qui s'affaiblit encore,
puis s'éteint. Et maintenant, tout ce qui, en cet être, attestait la
vie, cet oeil qui brillait, cette bouche qui proférait des sons, ces
membres qui s'agitaient, tout est voilé, silencieux, inerte. Sur cette
couche funèbre, il n'y a plus qu'un cadavre ! Quel homme ne s'est demandé
l'explication de ce mystère et, pendant la veillée lugubre, dans ce
tête-à-tête solennel avec la mort, a pu ne pas songer à ce qui l'attend
lui-même ? Ce problème nous intéresse tous, car tous nous subirons la
loi. Il nous importe de savoir si, à cette heure, tout est fini, si
la mort n'est qu'un morne repos dans l'anéantissement ou, au contraire,
l'entrée dans une autre sphère de sensations.
Malgré ces efforts de la pensée,
l'obscurité pèse encore sur nous. Notre époque s'agite dans les ténèbres
et dans le vide, et cherche, sans le trouver, un remède à ses maux.
Les progrès matériels sont immenses, mais, au sein des richesses accumulées
par la civilisation, on peut encore mourir de privation et de misère.
L'homme n'est ni plus heureux, ni meilleur. Au milieu de ses rudes labeurs,
aucun idéal élevé, aucune notion claire de la destinée ne le soutient
plus ; de là, ses défaillances morales, ses excès, ses révoltes.
Une seule ambition nous anime
: nous voudrions, lorsque notre enveloppe usée retournera à la terre,
que notre esprit immortel pût se dire : Mon passage ici-bas n'aura pas
été stérile, si j'ai contribué à apaiser une douleur, à éclairer une
intelligence en quête du vrai, à réconforter une seule âme chancelante
et attristée.
On se fait, à notre époque,
une conception de l'univers absolument extérieure et matérielle. La
science moderne, dans ses investigations, s'est bornée à accumuler le
plus grand nombre de faits, puis à en dégager les lois. Elle a obtenu
ainsi de merveilleux résultats ; mais, à ce compte, la connaissance
des principes supérieurs, des causes premières et de la vérité lui restera
à jamais inaccessible. Les causes secondes, elles-mêmes, lui échappent.
Le domaine invisible de la vie est plus vaste que celui qui est embrassé
par nos sens ; là, règnent ces causes dont nous voyons seulement les
effets.
la vie n'est que l'évolution,
dans le temps et dans l'espace, de l'esprit, seule réalité permanente.
La matière est son expression inférieure, sa forme changeante. L'Etre
par excellence, source de tous les êtres, est Dieu, à la fois triple
et un, substance, essence et vie, en qui se résume tout l'univers. De
là, le déisme trinitaire qui, de l'Inde et de l'Égypte, est passé, travesti,
dans la doctrine chrétienne : celle-ci, des trois éléments de l'être,
a fait des personnes. L'âme humaine, parcelle de la grande âme, est
immortelle. Elle progresse et remonte vers son auteur à travers des
existences nombreuses, alternativement terrestres et spirituelles, et
par un perfectionnement continu.
Dans ses incarnations corporelles,
elle constitue l'homme, dont la nature ternaire, corps, périsprit et
âme, devient un microcosme ou petit monde, image réduite du macrocosme
ou Grand Tout. C'est pourquoi nous pouvons retrouver Dieu au plus profond
de notre être, en nous interrogeant dans la solitude, en étudiant et
en développant nos facultés latentes, notre raison et notre conscience.
La vie universelle a deux faces : l'involution, ou descente de l'esprit
dans la matière par la création individuelle, et l'évolution, ou ascension
graduelle par la chaîne des existences, vers l'Unité divine.