On peut résumer ainsi les doctrines
matérialistes : Tout est matière. Chaque molécule a ses propriétés inhérentes,
en vertu desquelles s'est formé l'univers avec les êtres qu'il contient.
L'idée d'un principe spirituel est une hypothèse. La matière se gouverne
elle-même par des lois fatales, mécaniques ; elle est éternelle, mais
elle seule est éternelle. Sortis de la poussière, nous retournerons
à la poussière. Ce que nous appelons âme, l'ensemble de nos facultés
intellectuelles, la conscience, n'est qu'une fonction de l'organisme
et s'évanouit à la mort. " La pensée est une sécrétion du cerveau ",
a dit Carl Vogt, et le même auteur ajoute : " Les lois de la nature
sont des forces inflexibles. Elles ne connaissent ni la morale, ni la
bienveillance. "
Si la matière est tout, qu'est-ce
donc que la matière ? Les matérialistes eux-mêmes ne sauraient le dire,
car la matière, dès qu'on l'analyse dans son essence intime, se dérobe,
échappe et fuit comme un mirage trompeur.
Les solides se changent en
liquides ; les liquides, en gaz ; au-delà de l'état gazeux vient l'état
radiant, puis, par des raffinements innombrables, de plus en plus subtils,
la matière passe à l'état impondérable. Elle devient cette substance
éthérée qui remplit l'espace, tellement ténue, qu'on la prendrait pour
le vide absolu, si la lumière ne la faisait vibrer en la traversant.
Les mondes se baignent dans ses flots, comme dans ceux d'une mer fluide.
Ainsi, de degré en degré, la
matière se perd en une poussière invisible. Tout se résume en force
et en mouvement.
L'esprit est plus encore, il
est la force cachée, la volonté qui gouverne et dirige la matière -
Mens agitat molem - et lui donne la vie. Toutes les molécules, tous
les atomes, avons-nous dit, s'agitent et se renouvellent incessamment.
Le corps humain est comme un torrent vital où les eaux succèdent aux
eaux. Chaque particule est remplacée par d'autres particules. Le cerveau
lui-même est soumis à ces changements et notre corps tout entier se
renouvelle en quelques années.
On ne peut dire que le cerveau
produit la pensée. Il n'en est que l'instrument. A travers les modifications
perpétuelles de la chair, notre personnalité se maintient et, avec elle,
notre mémoire et notre volonté.