La doctrine spirite est assez
mal connue du grand public. Le terme même de doctrine peut paraître
péjoratif aux yeux de certains. Cette croyance est pourtant basée
sur une philosophie de vie. Par le monde des esprits elle explore la
réincarnation, la loi du karma et la survivance du soi. Chacun
de ses principe est en harmonie total avec les autres.
Mise en place par Allan Kardec, elle compte aujourd'hui de nombreux
adeptes et bien des courants. Léon Denis a écrit un livre
édifiant englobant l'ensemble de ces principes : "Après
la mort". C'est à notre sens le meilleur ouvrage ayant été
écrit sur ce sujet jusqu'à présent. Malheureusement,
il est difficilement procurable. Nous avons sélectionné
pour vous les extraits les plus parlants. C'est un véritable
trésor que nous vous invitons à découvrir ici !

Introduction
à la doctrine spirite
Krishna
et la survivance de l'âme
Les
limites du matérialisme
La
crise morale
L'âme
La
pluralité des existences
Le
but de la vie
L'oubli
des vies passées
Les
fluides, le magnétisme
Le
spiritisme en France
Le
périsprit ou corps fluidique
Les
médiums
Dangers
du spiritisme
La
dernière heure
La
vie supérieure
Introduction
à la doctrine spirite
Un de ceux que vous aimez va
mourir. Penché vers lui, le cour serré, vous voyez s'étendre lentement
sur ses traits l'ombre de l'au-delà. Le foyer intérieur ne jette plus
que de pâles et tremblantes lueurs ; le voilà qui s'affaiblit encore,
puis s'éteint. Et maintenant, tout ce qui, en cet être, attestait la
vie, cet oeil qui brillait, cette bouche qui proférait des sons, ces
membres qui s'agitaient, tout est voilé, silencieux, inerte. Sur cette
couche funèbre, il n'y a plus qu'un cadavre ! Quel homme ne s'est demandé
l'explication de ce mystère et, pendant la veillée lugubre, dans ce
tête-à-tête solennel avec la mort, a pu ne pas songer à ce qui l'attend
lui-même ? Ce problème nous intéresse tous, car tous nous subirons la
loi. Il nous importe de savoir si, à cette heure, tout est fini, si
la mort n'est qu'un morne repos dans l'anéantissement ou, au contraire,
l'entrée dans une autre sphère de sensations.
Malgré ces efforts de la pensée,
l'obscurité pèse encore sur nous. Notre époque s'agite dans les ténèbres
et dans le vide, et cherche, sans le trouver, un remède à ses maux.
Les progrès matériels sont immenses, mais, au sein des richesses accumulées
par la civilisation, on peut encore mourir de privation et de misère.
L'homme n'est ni plus heureux, ni meilleur. Au milieu de ses rudes labeurs,
aucun idéal élevé, aucune notion claire de la destinée ne le soutient
plus ; de là, ses défaillances morales, ses excès, ses révoltes.
Une seule ambition nous anime
: nous voudrions, lorsque notre enveloppe usée retournera à la terre,
que notre esprit immortel pût se dire : Mon passage ici-bas n'aura pas
été stérile, si j'ai contribué à apaiser une douleur, à éclairer une
intelligence en quête du vrai, à réconforter une seule âme chancelante
et attristée.
On se fait, à notre époque,
une conception de l'univers absolument extérieure et matérielle. La
science moderne, dans ses investigations, s'est bornée à accumuler le
plus grand nombre de faits, puis à en dégager les lois. Elle a obtenu
ainsi de merveilleux résultats ; mais, à ce compte, la connaissance
des principes supérieurs, des causes premières et de la vérité lui restera
à jamais inaccessible. Les causes secondes, elles-mêmes, lui échappent.
Le domaine invisible de la vie est plus vaste que celui qui est embrassé
par nos sens ; là, règnent ces causes dont nous voyons seulement les
effets.
la vie n'est que l'évolution,
dans le temps et dans l'espace, de l'esprit, seule réalité permanente.
La matière est son expression inférieure, sa forme changeante. L'Etre
par excellence, source de tous les êtres, est Dieu, à la fois triple
et un, substance, essence et vie, en qui se résume tout l'univers. De
là, le déisme trinitaire qui, de l'Inde et de l'Égypte, est passé, travesti,
dans la doctrine chrétienne : celle-ci, des trois éléments de l'être,
a fait des personnes. L'âme humaine, parcelle de la grande âme, est
immortelle. Elle progresse et remonte vers son auteur à travers des
existences nombreuses, alternativement terrestres et spirituelles, et
par un perfectionnement continu.
Dans ses incarnations corporelles,
elle constitue l'homme, dont la nature ternaire, corps, périsprit et
âme, devient un microcosme ou petit monde, image réduite du macrocosme
ou Grand Tout. C'est pourquoi nous pouvons retrouver Dieu au plus profond
de notre être, en nous interrogeant dans la solitude, en étudiant et
en développant nos facultés latentes, notre raison et notre conscience.
La vie universelle a deux faces : l'involution, ou descente de l'esprit
dans la matière par la création individuelle, et l'évolution, ou ascension
graduelle par la chaîne des existences, vers l'Unité divine.
Krishna et
la survivance de l'âme
Krishna, entouré d'un groupe
de disciples, allait de ville en ville répandre son enseignement :
" Le corps, disait-il, enveloppe de l'âme qui y fait sa demeure, est
une chose finie, mais l'âme qui l'habite est invisible, impondérable
et éternelle."
" Le sort de l'âme après la
mort constitue le mystère des renaissances. Comme les profondeurs du
ciel s'ouvrent aux rayons des étoiles, ainsi les profondeurs de la vie
s'éclairent à la lumière de cette vérité. "
" Quand le corps est dissous,
lorsque la sagesse a le dessus, l'âme s'envole dans les régions de ces
êtres purs qui ont la connaissance du Très-Haut. Lorsque c'est la passion
qui domine, l'âme vient de nouveau habiter parmi ceux qui se sont attachés
aux choses de la terre. De même, l'âme obscurcie par la matière et l'ignorance
est de nouveau attirée par le corps d'êtres irraisonnables "
" Toute renaissance, heureuse
ou malheureuse, est la conséquence des oeuvres pratiquées dans les vies
antérieures. "
" Mais il est un mystère plus
grand encore. Pour parvenir à la perfection, il faut conquérir la science
de l'Unité, qui est au-dessus de la sagesse ; il faut s'élever à l'Être
divin, qui est au-dessus de l'âme et de l'intelligence. Cet être divin
est aussi en chacun de nous "
" Tu portes en toi-même
un ami sublime que tu ne connais pas, car Dieu réside dans l'intérieur
de tout homme, mais peu savent le trouver. L'homme qui fait le sacrifice
de ses désirs et de ses oeuvres à l'Être d'où procèdent les principes
de toutes choses et par qui l'univers a été formé, obtient par ce sacrifice
la perfection, car celui qui trouve en lui-même son bonheur, sa joie,
et en lui-même aussi sa lumière, est un avec Dieu. Or, sachez-le, l'âme
qui a trouvé Dieu est délivrée de la renaissance et de la mort, de la
vieillesse et de la douleur, et boit l'eau de l'immortalité. "
Krishna parlait de sa propre
nature et de sa mission en des termes qu'il est bon de méditer. S'adressant
à ses disciples : " Moi et vous, disait-il, nous avons eu plusieurs
naissances. Les miennes ne sont connues que de moi, mais vous ne connaissez
même pas les vôtres. Quoique je ne sois plus, par ma nature, sujet à
naître ou à mourir, toutes les fois que la vertu décline dans le monde,
et que le vice et l'injustice l'emportent, alors je me rends visible,
et ainsi je me montre d'âge en âge, pour le salut du juste, le châtiment
du méchant et le rétablissement de la vertu.
Les limites
du matérialisme
On peut résumer ainsi les doctrines
matérialistes : Tout est matière. Chaque molécule a ses propriétés inhérentes,
en vertu desquelles s'est formé l'univers avec les êtres qu'il contient.
L'idée d'un principe spirituel est une hypothèse. La matière se gouverne
elle-même par des lois fatales, mécaniques ; elle est éternelle, mais
elle seule est éternelle. Sortis de la poussière, nous retournerons
à la poussière. Ce que nous appelons âme, l'ensemble de nos facultés
intellectuelles, la conscience, n'est qu'une fonction de l'organisme
et s'évanouit à la mort. " La pensée est une sécrétion du cerveau ",
a dit Carl Vogt, et le même auteur ajoute : " Les lois de la nature
sont des forces inflexibles. Elles ne connaissent ni la morale, ni la
bienveillance. "
Si la matière est tout, qu'est-ce
donc que la matière ? Les matérialistes eux-mêmes ne sauraient le dire,
car la matière, dès qu'on l'analyse dans son essence intime, se dérobe,
échappe et fuit comme un mirage trompeur.
Les solides se changent en
liquides ; les liquides, en gaz ; au-delà de l'état gazeux vient l'état
radiant, puis, par des raffinements innombrables, de plus en plus subtils,
la matière passe à l'état impondérable. Elle devient cette substance
éthérée qui remplit l'espace, tellement ténue, qu'on la prendrait pour
le vide absolu, si la lumière ne la faisait vibrer en la traversant.
Les mondes se baignent dans ses flots, comme dans ceux d'une mer fluide.
Ainsi, de degré en degré, la
matière se perd en une poussière invisible. Tout se résume en force
et en mouvement.
L'esprit est plus encore, il
est la force cachée, la volonté qui gouverne et dirige la matière -
Mens agitat molem - et lui donne la vie. Toutes les molécules, tous
les atomes, avons-nous dit, s'agitent et se renouvellent incessamment.
Le corps humain est comme un torrent vital où les eaux succèdent aux
eaux. Chaque particule est remplacée par d'autres particules. Le cerveau
lui-même est soumis à ces changements et notre corps tout entier se
renouvelle en quelques années.
On ne peut dire que le cerveau
produit la pensée. Il n'en est que l'instrument. A travers les modifications
perpétuelles de la chair, notre personnalité se maintient et, avec elle,
notre mémoire et notre volonté.
La crise
morale
Il résulte que deux systèmes
contradictoires et ennemis se partagent le monde de la pensée. Notre
temps est, à ce point de vue, un temps de trouble et de transition.
La foi religieuse s'attiédit, et les grandes lignes de la philosophie
de l'avenir n'apparaissent encore qu'à une minorité de chercheurs.
Cependant, si les progrès d'ordre
matériel et d'ordre intellectuel sont remarquables, par contre, l'avancement
moral est nul. Sur ce point, le monde semble plutôt reculer ; les sociétés
humaines, fiévreusement absorbées par les questions politiques, par
les entreprises industrielles et financières, sacrifient au bien-être
leurs intérêts moraux.
Chaque jour, la désespérance
fait de nouveaux ravages : le nombre des suicidés, qui, en 1820, était
de quinze cents pour la France, est maintenant de plus de huit mille.
Huit mille êtres, chaque année, faute d'énergie et de sens moral, désertent
les luttes fécondes de la vie et se réfugient dans ce qu'ils croient
être le néant ! Le nombre des crimes et délits a triplé depuis cinquante
ans. Parmi les condamnés, la proportion des adolescents est considérable.
Faut-il voir dans cet état de choses les effets de la contagion du milieu,
des mauvais exemples reçus dès l'enfance, le défaut de fermeté des parents
et l'absence d'éducation dans la famille ? Il y a tout cela, et plus
encore.
D'un côté, les religions avec
leur cortège d'erreurs et de superstitions, leur esprit de domination
et d'intolérance ; mais aussi avec les consolations dont elles sont
la source et les faibles lueurs qu'elles ont gardées des vérités primordiales.
De l'autre, la science, matérialiste dans ses principes comme dans ses
fins, avec ses froides négations et son penchant outré à l'individualisme
; mais aussi avec le prestige de ses découvertes et de ses bienfaits.
Comment l'humanité sortira-t-elle
de cet état de crise ? Il n'est pour cela qu'un moyen : trouver un terrain
de conciliation où les deux forces ennemies, le sentiment et la raison,
puissent s'unir pour le bien et le salut de tous. Car tout être humain
porte en lui ces deux forces, sous l'empire desquelles il pense et agit
tour à tour. Leur accord procure à ses facultés l'équilibre et l'harmonie,
centuple ses moyens d'action et donne à sa vie la rectitude, l'unité
de tendances et de vues, tandis que leurs contradictions et leurs luttes
amènent en lui le désordre. Et ce qui se produit en chacun de nous se
manifeste dans la société entière et cause le trouble moral dont elle
souffre.
Au milieu des disputes et des
divagations des écoles, une voix s'est fait entendre : celle des Morts.
De l'autre côté de la tombe, ils se sont révélés plus vivants que jamais
; devant leurs instructions, le voile qui nous cachait la vie future
est tombé. L'enseignement qu'ils nous donnent va réconcilier tous les
systèmes ennemis et, des cendres du passé, faire jaillir une flamme
nouvelle. Dans la philosophie des Esprits, nous retrouvons la doctrine
cachée qui embrasse tous les âges. Cette doctrine, elle la fait revivre
; elle en réunit les débris épars, les relie d'un ciment puissant, pour
en reconstituer un monument capable d'abriter tous les peuples, toutes
les civilisations. Pour en assurer la durée, elle l'assoit sur le roc
de l'expérience directe, du fait sans cesse renouvelé.
L'âme
L'âme est le principe de la
vie, la cause de la sensation ; c'est la force invisible, indissoluble,
qui régit notre organisme et maintient l'accord entre toutes les parties
de notre être79. Les facultés de l'âme n'ont rien de commun avec la
matière. L'intelligence, la raison, le jugement, la volonté, ne sauraient
être confondus avec le sang de nos veines ou la chair de nos muscles.
Il en est de même de la conscience, de ce privilège que nous avons de
peser nos actes, de discerner le bien du mal. Ce langage intime qui
s'adresse à tout homme, au plus humble comme au plus élevé, cette voix
dont les murmures peuvent troubler l'éclat des plus grandes gloires,
n'a rien de matériel.
S'il n'y avait en nous que
matière, nous ne verrions pas, lorsque notre corps est plongé dans le
sommeil, l'esprit continuer à vivre et agir sans l'aide d'aucun des
cinq sens, et nous montrer par là qu'une activité incessante est la
condition même de sa nature.
Ainsi donc, faible ou puissant,
ignorant ou éclairé, un esprit vit en nous, régit ce corps qui n'est,
sous sa direction, qu'un serviteur, un simple instrument. Cet esprit
est libre et perfectible, par suite responsable. Il peut à son gré s'améliorer,
se transformer, tendre vers le bien. Confus chez les uns, lumineux chez
les autres, un idéal éclaire sa voie.
La pluralité
des existences
Nous savons que, sur notre
globe, la vie apparaît d'abord sous les aspects les plus simples, les
plus élémentaires, pour s'élever, par une progression constante, de
formes en formes, d'espèces en espèces, jusqu'au type humain, couronnement
de la création terrestre. Graduellement, les organismes se développent
et s'affinent, la sensibilité s'accroît. Lentement, la vie se dégage
des étreintes de la matière ; l'instinct aveugle fait place à l'intelligence
et à la raison.
L'âme, parvenue à l'état humain,
et ayant acquis la conscience, ne peut plus redescendre. A tous les
degrés, les formes qu'elle revêt sont l'expression de sa valeur propre.
Il ne faut pas accuser Dieu d'avoir créé des formes hideuses et malfaisantes.
Les êtres ne peuvent avoir d'autres apparences que celles résultant
de leurs tendances et des habitudes contractées. Il arrive que des âmes
humaines choisissent des corps débiles et souffreteux, pour comprimer
leurs passions et acquérir les qualités nécessaires à leur avancement
; mais, dans la nature inférieure, aucun choix ne saurait s'exercer
; l'être retombe forcément sous l'empire des attractions qu'il a développées
en lui.
Il n'est d'ailleurs rien de
plus grand, de plus juste, de plus conforme à la loi du progrès que
cette ascension des âmes s'opérant par étapes successives, au cours
desquelles elles se forment elles-mêmes, s'affranchissent peu à peu
des lourds instincts, brisent leur carapace d'égoïsme pour s'éveiller
à la raison, à l'amour, à la liberté. Il est souverainement équitable
qu'un même apprentissage soit subi par tous, et que chaque être ne gagne
un état supérieur qu'après avoir acquis des aptitudes nouvelles.
Le jour où l'âme, parvenue
à l'état humain, a conquis son autonomie, sa responsabilité morale et
compris le devoir, elle n'a pas pour cela atteint son but, terminé son
évolution. Loin de finir, son oeuvre réelle commence ; de nouvelles
tâches l'appellent. Les luttes du passé ne sont que le prélude de celles
que l'avenir lui réserve. Ses renaissances en des corps charnels se
succéderont sur ce globe. Chaque fois, elle reprendra, avec des organes
rajeunis, l'ouvre de perfectionnement interrompue par la mort, pour
la poursuivre et aller plus loin. Voyageuse éternelle, l'âme doit monter
ainsi de sphère en sphère vers le bien, vers la raison infinie, acquérir
de nouveaux grades, croître en science, en sagesse, en vertu.
Chacune de nos existences terrestres
n'est qu'un épisode de notre vie immortelle. Nulle âme ne pourrait,
dans ce court espace, dépouiller ses vices, ses erreurs, tous les appétits
vulgaires qui sont autant de vestiges de ses vies évanouies, autant
de preuves de son origine.
Si tout commençait pour nous
avec la vie actuelle, comment expliquer tant de diversité dans les intelligences,
tant de degrés dans la vertu ou le vice, tant d'échelons dans les situations
humaines ?
Toutes ces obscurités se dissipent
devant la doctrine des existences multiples. Les êtres qui se distinguent
par leur puissance intellectuelle ou leurs vertus, ont plus vécu, travaillé
davantage, acquis une expérience et des aptitudes plus étendues. Les
progrès et l'élévation des âmes dépendent uniquement de leurs travaux,
de l'énergie déployée par elles dans le combat vital.
En résumé, l'être se crée lui-même
par le développement graduel des forces qui sont en lui. Inconsciente
au début de sa course, sa vie devient plus intelligente et consciente
lorsque, parvenu à l'humanité, il est entré en possession de son moi.
Telle est la seule solution
rationnelle du problème. A travers la succession des temps, à la surface
de milliers de mondes, nos existences se déroulent, passent et se renouvellent
; à chacune d'elles, un peu du mal qui est en nous disparaît ; nos âmes
se fortifient, s'épurent, pénètrent plus avant dans la voie sacrée,
jusqu'à ce que, délivrées des réincarnations douloureuses, elles aient
conquis par leurs mérites l'accès des cercles supérieurs, où rayonnent
éternellement beauté, sagesse, puissance, amour !
Le but de
la vie
Dès lors, il ne s'agit plus
de rechercher des satisfactions matérielles, mais de travailler avec
ardeur à notre avancement.
Le but, lointain, semble reculer
à mesure qu'on avance, mais, a chaque étape franchie, l'être recueille
le fruit de ses peines ; il enrichit son expérience et développe ses
facultés.
Nos destinées sont identiques.
Il n'est point de privilégiés, point de maudits. Tous parcourent le
même chemin et, à travers mille obstacles, sont appelés, à réaliser
les mêmes fins.
Il n'est plus de place dans
le monde pour les idées de paradis et d'enfer éternel. Nous ne voyons
dans l'immensité que des êtres poursuivant leur propre éducation et
s'élevant par leurs efforts au sein de l'universelle harmonie. Chacun
d'eux crée sa situation par ses actes, dont les conséquences retombent
sur lui, le lient et l'enserrent. Quand sa vie est livrée aux passions
et reste stérile pour le bien, l'être s'abaisse ; sa situation s'amoindrit.
L'oubli des
vies passées
L'oubli du passé est, pour
l'homme, la condition indispensable de toute épreuve et de tout progrès
terrestre. Ce passé de chacun de nous a ses taches et ses souillures.
En parcourant la série des temps évanouis, en traversent les âges de
brutalité, nous avons dû accumuler bien des fautes, bien des iniquités.
Échappés d'hier à la barbarie, le fardeau de ces souvenirs serait accablant
pour nous. La vie terrestre est parfois lourde à supporter. Elle la
serait bien plus encore, si, au cortège de nos maux présents, venait
s'ajouter la mémoire des souffrances ou des hontes passées.
Pour certains hommes, le passé
n'est cependant pas absolument effacé. Le sentiment confus de ce qu'ils
ont été couve au fond de leur conscience. C'est la source des intuitions,
des idées innées, des vagues souvenirs et des mystérieux pressentiments,
comme un écho affaibli des temps écoulés.
A l'issue de chaque existence,
des souvenirs lointains renaissent peu à peu et sortent de l'ombre.
Nous avançons pas à pas, en tâtonnant, dans la vie. La mort venue, progressivement
tout s'éclaire. Le passé explique le présent, et l'avenir s'illumine
d'un rayon nouveau. L'âme, rendue à la vie spirituelle, recouvre la
plénitude de ses facultés. Alors commence pour elle une période d'examen,
de repos, de recueillement, pendant laquelle elle se juge et mesure
le chemin parcouru. Elle reçoit les avis, les conseils d'Esprits plus
avancés. Guidée par eux, elle prendra des résolutions viriles, et, le
temps venu, choisissant un milieu favorable, elle redescendra dans un
nouveau corps.
Les fluides,
le magnétisme
Le monde des fluides, que l'on
entrevoit au-delà de l'état radiant, réserve à la science bien des surprises
et des découvertes. Innombrables sont les variétés de formes que la
matière, devenue subtile, peut revêtir pour les besoins d'une vie supérieure.
Déjà beaucoup d'observateurs savent qu'en dehors de nos perceptions,
au-delà du voile opaque que notre épaisse constitution déploie comme
un brouillard autour de nous, un autre monde existe, non plus celui
des infiniment petits, mais un univers fluidique qui nous enveloppe,
tout peuplé de foules invisibles.
C'est là le domaine de la psychologie
expérimentale, certains diraient des sciences occultes, sciences qui
sont vieilles comme le monde.
La science du magnétisme met
l'homme en possession de merveilleuses ressources. L'action des fluides
sur le corps humain est immense ; leurs propriétés sont multiples, variées.
Des faits nombreux ont prouvé qu'avec leur aide on peut soulager les
souffrances les plus cruelles. Les grands missionnaires ne guérissaient-ils
pas par l'imposition des mains ? Là est tout le secret de leurs prétendus
miracles. Les fluides, obéissant à une puissante volonté, à un ardent
désir de faire le bien, pénètrent tous les organismes débiles et ramènent
graduellement la vigueur chez les faibles, la santé chez les malades.
On peut objecter qu'une légion
de charlatans abuse, pour l'exploiter, de la crédulité et de l'ignorance
du public, en se targuant d'un pouvoir magnétique imaginaire.
Le spiritisme
en France
Presque toujours, c'est en
dehors des académies que les expériences spirites ont été tentées en
France, et de là vient sans doute le peu d'attention soutenue qu'on
leur a prêté. De 1850 à 1860, les tables tournantes étaient en faveur
; l'engouement était général, et pas une fête, pas une réunion intime
ne se terminait sans quelques exercices de ce genre. Mais, dans la foule
de ceux qui prenaient part à ces réunions et se divertissaient du phénomène,
combien en est-il qui aient entrevu ses conséquences au point de vue
scientifique et moral, et l'importance des solutions qu'il apportait
à l'humanité ? On se lassa de poser des questions banales aux esprits.
La mode des tables tournantes passa comme passent toutes les modes,
et, après certain procès retentissant, le spiritisme tomba en discrédit.
Ces communications n'ont rien
de surnaturel, puisque les esprits sont des êtres semblables à nous,
soumis comme nous aux lois de la nature et, comme nous, revêtus d'un
corps, plus subtil, il est vrai, plus éthéré que le corps charnel, et
ne tombant sous nos sens que dans des conditions déterminées.
Depuis la mort d'A. Kardec,
le spiritisme a accompli une évolution considérable, en s'assimilant
le fruit des travaux de quarante années. La découverte de la matière
radiante, des rayons cathodiques, les subtiles analyses des savants
anglais et américains sur les corps fluidiques, sur les enveloppes périspritales
ou formes revêtues par les esprits dans leurs apparitions, tous ces
progrès ont ouvert au spiritisme un horizon nouveau.
Le périsprit
ou corps fluidique
Ainsi que nous l'avons dit
précédemment, l'âme, pendant la vie corporelle comme après la mort,
est constamment revêtue d'une enveloppe fluidique, plus ou moins subtile
ou éthérée, qu'Allan Kardec a nommée périsprit, ou corps spirituel.
Le périsprit sert de lien entre le corps et l'âme ; il transmet à celle-ci
les impressions des sens et communique au corps les volontés de l'esprit.
Au moment de la mort, il se détache de la matière tangible, abandonne
le corps aux décompositions de la tombe, mais, inséparable de l'âme,
il demeure la forme extérieure de sa personnalité.
Ce corps fluidique n'est pas
immuable ; il s'épure et s'ennoblit avec l'âme ; il la suit à travers
ses incarnations sans nombre, monte avec elle les degrés de l'échelle
hiérarchique, devient de plus en plus diaphane et brillant, pour resplendir
un jour de cette lumière éclatante dont parlent les Bibles antiques
et les témoignages de l'histoire touchant certaines apparitions.
Le périsprit conserve tous
les acquis de l'être vivant. C'est dans le cerveau de ce corps spiritualisé
que les connaissances s'emmagasinent et s'impriment en lignes phosphorescentes,
et sur lui que se modèle et se forme le cerveau de l'enfant à la réincarnation.
C'est par des fluides plus
ou moins subtils que le périsprit communique avec l'âme et se relie
au corps. Ces fluides, quoique invisibles, sont des attaches puissantes
qui l'enchaînent à la matière, de la naissance à la mort, et même, pour
les sensuels, jusqu'à la dissolution de l'organisme. L'agonie nous représente
la somme d'efforts réalisés par le périsprit pour se dégager de ses
liens charnels.
Le fluide vital, dont le périsprit
est la source, joue un rôle considérable dans l'économie. Son existence,
son mode d'action peuvent expliquer bien des problèmes pathologiques.
A la fois agent de transmission des sensations externes et des impressions
intimes, il est comparable au fil télégraphique, que parcourt un double
courant.
Le périsprit est l'instrument
à l'aide duquel s'accomplissent tous les phénomènes du magnétisme et
du spiritisme. Ce corps spirituel est un véritable réservoir de fluides,
que l'âme met en action par la volonté. C'est lui qui, dans le sommeil
ordinaire comme dans le sommeil provoqué, se dégage du corps matériel,
se transporte à des distances considérables et, dans l'obscurité des
nuits comme à la clarté du jour, voit, observe, entend des choses que
le corps ne saurait connaître.
La permanence du corps fluidique,
après comme avant la mort, explique aussi le phénomène des apparitions
ou matérialisations d'esprits. Le périsprit, dans la vie libre de l'espace,
possède virtuellement toutes les forces qui constituent l'organisme
humain, mais il ne les met pas en action.
Les médiums
Rendue à la vie spirituelle,
l'âme reprend la complète possession d'elle-même ; le périsprit recouvre
la plénitude de ses perceptions. Ils peuvent désormais agir de concert
sur les fluides, impressionner les organismes, les cerveaux humains.
Là est le secret des manifestations spirites. Un magnétiseur exercera
une action puissante sur son sujet, provoquera son dégagement, suspendra
en lui la vie matérielle. De même, les esprits ou âmes désincarnées
peuvent, par la volonté, diriger des courants magnétiques sur certains
êtres humains, influencer leurs organes et, par leur intermédiaire,
communiquer avec les habitants de la terre.
Les médiums sont les sensitifs,
les clairvoyants, ceux dont la vue perce le brouillard opaque qui nous
cache les mondes éthérés, et qui, par une éclaircie, parviennent à entrevoir
quelque chose de la vie céleste. Il en est même qui ont la faculté de
voir les esprits, d'entendre d'eux la révélation des lois supérieures.
Nous sommes tous médiums, il
est vrai, mais à des degrés bien différents. Beaucoup le sont et l'ignorent.
Il n'est pas d'hommes sur qui n'agisse l'influence, bonne ou mauvaise,
des esprits. Nous vivons au milieu d'une foule invisible qui assiste,
silencieuse, attentive, aux détails de notre existence, participe par
la pensée à nos travaux, à nos joies, à nos peines.
Tous les écrivains connaissent
les heures d'inspiration, où leur pensée s'illumine de clartés inattendues,
où les idées coulent comme un torrent sous leur plume. Qui de nous,
aux moments de tristesse, d'accablement, de désespoir, ne s'est senti
parfois ranimé, réconforté par une action intime et mystérieuse ?
Écrivains subitement inspirés,
inventeurs soudainement éclairés, sont autant de médiums intuitifs et
inconscients.
Chez d'autres, la faculté de
communiquer avec les esprits revêt une forme plus nette, plus accentuée.
Les uns sentent leur main entraînée par une force étrangère et couvrent
le papier de conseils, d'avis, d'enseignements variés. Les autres, riches
en fluide vital, voient les tables s'agiter sous leurs doigts et obtiennent,
au moyen de coups frappés par ces meubles, des communications plus lentes,
mais plus précises et plus propres à convaincre les incrédules.
Beaucoup de sensations inexpliquées
proviennent de l'action occulte des esprits. Par exemple, les pressentiments,
qui nous avertissent d'un malheur, de la perte d'un être aimé, sont
causés par les courants fluidiques que les désincarnés projettent vers
ceux qui leur sont chers.
Il convient de remarquer toutefois
que, d'une façon générale, les médiums ne comprennent pas assez, de
nos jours, la nécessité d'une vie pure et exemplaire pour entrer en
rapports avec les hautes personnalités de l'espace.
Dangers du
spiritisme
L'étude du monde invisible
exige beaucoup de sagesse et de persévérance.
Il en résulte que, dans la
foule des esprits, les caractères sérieux et réfléchis sont, comme sur
la terre, en minorité ; les esprits légers, pris de choses puériles
et vaines, forment de nombreuses légions. Le monde invisible est donc,
sur une plus vaste échelle, la reproduction, la doublure du monde terrestre.
Là, comme ici, la vérité et la science ne sont pas le partage de tous.
Les esprits supérieurs ne se
manifestent que dans les cas où leur présence peut être utile et faciliter
notre amélioration.
Dès qu'ils le peuvent, ils
retournent vers des milieux moins chargés de fluides grossiers, mais
ne cessent, malgré la distance, de veiller sur leurs protégés.
Les esprits inférieurs, incapables
d'aspirations élevées, se complaisent dans notre atmosphère. Ils se
mêlent à notre vie et, uniquement préoccupés de ce qui captivait leur
pensée durant l'existence corporelle, ils participent aux plaisirs ou
aux travaux des hommes auxquels ils se sentent unis par des analogies
de caractère ou d'habitudes. Parfois même, ils dominent et subjuguent
les personnes faibles qui ne savent pas résister à leur influence.
Une grande prudence est donc
nécessaire pour entrer en communication avec le monde invisible. Le
bien et le mal, la vérité et l'erreur s'y mêlent, et, pour distinguer
l'un de l'autre, il faut en passer toutes les révélations, tous les
enseignements, au crible d'un jugement sévère. On ne doit s'aventurer
sur ce terrain que pas à pas. Pour chasser les mauvaises influences,
pour éloigner la horde des esprits légers ou malfaisants, il suffit
de rester maître de soi, de ne jamais abdiquer le droit de contrôle
et d'examen, de chercher par-dessus tout les moyens de se perfectionner
dans la connaissance des lois supérieures et dans la pratique des vertus.
Celui dont la vie est droite, et qui recherche la vérité avec un cour
sincère, n'a aucun danger à redouter.
La dernière
heure
Que se passe-t-il au moment
de la mort et comment l'esprit se dégage- t-il de sa prison de chair
? Quelles impressions, quelles sensations l'attendent à cet instant
redouté ?
Le dégagement est prompt, le
passage facile, à celui qui a rempli ses devoirs, s'est détaché par
avance des choses de ce monde et aspire aux biens spirituels. Il y a,
au contraire, lutte, agonie prolongée, chez l'esprit attaché à la terre,
qui n'a connu que les jouissances matérielles et a négligé de se préparer
au départ.
Dans tous les cas, cependant,
la séparation de l'âme et du corps est suivie d'un temps de trouble,
fugitif pour l'esprit juste et bon, qui s'éveille bientôt à toutes les
splendeurs de la vie céleste ; très long, au point d'embrasser des années
entières, pour les âmes coupables, imprégnées de fluides grossiers.
Parmi celles-ci, beaucoup croient vivre de la vie corporelle longtemps
après la mort.
L'entrée dans l'autre vie amène
des impressions aussi variées que la situation morale des esprits.
Le temps s'écoule pour lui
sans qu'il le mesure ; à la longue, d'autres esprits l'assistent de
leurs conseils, l'aident à dissiper son trouble, à s'affranchir des
dernières chaînes terrestres et à s'élever vers des milieux moins obscurs.
La vie supérieure
Lorsque l'âme vertueuse, après
avoir vaincu les passions, abandonne son corps misérable, instrument
de douleur et de gloire, elle s'envole à travers l'immensité et va rejoindre
ses sours de l'espace. Emportée par une force irrésistible, elle parcourt
des régions où tout est harmonie et splendeur. Ce qu'elle y voit, la
parole humaine est trop pauvre pour l'exprimer. Mais, par-dessus tout,
quel allégement, quelle joie délicieuse, de sentir se rompre la chaîne
qui l'attachait à la terre, de pouvoir embrasser l'étendue, plonger
dans le vide sans bornes, planer par-delà l'orbe des mondes ! Plus de
corps infirme, souffreteux, pesant comme une chape de plomb ; plus de
boulet matériel à traîner péniblement. Délivrée de ses liens, elle rayonne,
elle s'enivre d'espace et de liberté.
Quel que soit son état d'avancement,
l'esprit qui vient de quitter la terre ne saurait aspirer à vivre indéfiniment
de cette vie supérieure. Astreint à la réincarnation, cette vie n'est
pour lui qu'un temps de repos, une compensation due aux maux endurés,
une récompense offerte à ses mérites. Il s'y retrempe et s'y fortifie
pour les luttes futures. Mais, dans l'avenir qui l'attend, il ne retrouvera
plus les angoisses et les soucis de la vie terrestre. L'esprit élevé
est appelé à renaître sur des globes mieux partagés que le nôtre. L'échelle
grandiose des mondes comporte d'innombrables degrés, disposés pour l'ascension
des âmes ; chacune d'elles les gravit à son tour.